
28 novembre 1958 – 28 novembre 2024 : 66 ans d’une République en quête de renouveau
« Être autour de la table pour ne pas être au menu »
Chers compatriotes,
En 2009, lors de ma candidature à l’élection présidentielle, je proposais de restaurer la célébration de la Fête de la République, instituée le 28 novembre 1958. À l’époque, la mémoire collective semblait davantage marquée par les journées insurrectionnelles des 13, 14 et 15 août 1963, consacrant un coup d’État contre le président Fulbert YOULOU sous le prétexte de lutter contre l’impérialisme français. Pourtant, nous soutenions que l’histoire politique moderne de notre nation avait pris son véritable envol le 28 novembre 1958. Ce jour marquait l’avènement de la République, qu’il nous fallait accompagner pour qu’elle grandisse et s’épanouisse, plutôt que de se complaire dans l’illusion d’une indépendance jamais véritablement acquise.
En 2010, après des années de plaidoyer menées par le CDRC, cette demande a été reconnue. Le président Denis SASSOU N’GUESSO décréta alors que le 28 novembre serait officiellement célébré comme la Fête de la République. Ce fut une avancée significative pour tous les démocrates et républicains convaincus de la valeur de ce jour fondateur.
Cependant, alors que nous célébrons aujourd’hui les 66 ans de notre République, force est de constater que des défis majeurs continuent de compromettre son idéal. La République, qui devrait être un espace d’unité et de justice, est aujourd’hui mise à l’épreuve par des tensions sociales, des grèves dans quasiment tous les secteurs et une misère endémique. Pendant ce temps, les privilégiés du pouvoir semblent aveugles à la souffrance du peuple.
Face à cette situation, une question fondamentale s’impose : Sommes-nous toujours une République, ou ne sommes-nous devenus qu’un regroupement de communautés ethniques divisées et opposées ?
Une République véritable nécessite une authentique aspiration inclusive. La voie à suivre est celle de la décentralisation administrative et financière, de la péréquation entre les régions pour qu’aucune ne soit laissée sur le bord du chemin. Chaque région – qu’il s’agisse de la Likouala, de la Sangha, de la Lékoli, des Plateaux, du Pool, de la Lékoumou, de la Bouenza, du Niari et du Kouilou, etc. – doit pouvoir disposer d’une gouvernance au plus près sous la direction d’un gouverneur élu. C’est en donnant à chaque région les moyens de gérer ses ressources et ses priorités que nous pourrons instaurer un véritable vivre ensemble.
Ce modèle de gouvernance régionalisée permettrait de :
- Réduire les divisions ethniques et le tribalisme, véritables cancers de notre nation.
- Promouvoir un développement équilibré : construction d’infrastructures (routes, écoles, hôpitaux), accès équitable à l’eau, à l’électricité et création d’emplois.
- Réaliser l’union nationale non comme une idéologie, mais comme une réalité tangible.
L’unité nationale est une richesse si précieuse qu’on ne peut en faire un simple slogan, elle ne se décrète pas ; elle se bâtit à travers des actions concrètes qui permettent à chaque Congolais de se sentir pleinement acteur et bénéficiaire de la République.
Langues, diversité et souveraineté
La langue est un pilier de la souveraineté culturelle. Le français, bien qu’imposé, est devenu un outil de cohésion pour notre diversité. Toutefois, nos langues nationales – mbossi, téké, kongo, vili, koyo, dondo, beembe, loango, et bien d’autres – sont nos trésors culturels qu’il faut préserver. Leur enseignement et valorisation, conformément aux recommandations de l’UNESCO, enrichiraient notre patrimoine et renforceraient notre identité nationale.
Cependant, le cas du lingala soulève une problématique spécifique. Si cette langue a été promue à des fins qui pourraient être perçues comme une volonté de standardisation culturelle, il est essentiel de veiller à ce que cette dynamique ne mène pas à l’effacement progressif des autres langues parlées dans le nord du pays. Une telle situation serait préjudiciable à la richesse de notre diversité linguistique.
Or, la diversité linguistique, loin d’être un facteur de division, constitue un moteur d’unité et de cohésion nationale lorsqu’elle est valorisée. Elle reflète la pluralité de nos identités et renforce le sentiment d’appartenance collective. Il est donc crucial de promouvoir et de préserver toutes nos langues nationales pour en faire des outils de rapprochement et non des instruments de rivalités politiques.
Décentralisation : la clé pour sortir du cycle destructeur
Le tribalisme et les discriminations actuelles, sous couvert d’unité nationale, rappellent parfois les maux du colonialisme. Pourtant, là où les anciens colons avaient laissé des infrastructures – écoles, hôpitaux, routes – le régime actuel semble avoir échoué à préserver cet héritage.
Plus que jamais, il est impératif de mettre en œuvre une décentralisation efficace pour libérer les énergies et les talents de toutes les régions. Toute résistance à ce modèle ne peut être perçue que comme une tentative délibérée de maintenir certaines régions dans une position de faiblesse et de dépendance.
Chers compatriotes, à l’occasion de cet anniversaire de la République, tournons la page des divisions. Engageons-nous ensemble dans un projet commun de reconstruction et de justice sociale, où chaque Congolais, chaque région, aura sa place autour de la table.
Modeste Boukadia
28 novembre 2024

Ping : Perspective pour un Congo conquérant : discours de Modeste Boukadia à l’occasion du 66è anniversaire de la République vu par Tom Melvin Baiki – Cercle des Démocrates et Républicains du Congo