Quelle est la place du Congo dans les enjeux géopolitiques qui se dessinent ?

Quelle est la place du Congo dans les enjeux géopolitiques qui se dessinent ?

Le Congo-Brazzaville est à un tournant crucial de son histoire, se retrouvant au cœur des nouvelles rivalités géopolitiques. L’enjeu principal est la guerre commerciale qui s’intensifie entre les grandes puissances : les États-Unis, dans leur quête pour restaurer leur leadership mondial, s’efforcent de contrer la montée en puissance de la Chine, de l’Inde et de la Russie, particulièrement en Afrique.

Cette montée en puissance de la Chine sur le continent africain avait été soulignée lors de mon entretien avec Guy Taylor pour The Washington Times en mars 2018 : « Modeste Boukadia warns of China’s influence in the Republic of Congo. » Une analyse qui reste aujourd’hui d’une actualité brûlante.


Pourquoi l’Afrique est-elle au centre de ces rivalités ?

Pour préserver leur niveau de vie et leur modèle économique, les nations occidentales dépendent des ressources minières africaines. La Chine, en tant que « Empire du Milieu » moderne, a su s’imposer comme un acteur clé des chaînes de production mondiales. La plupart des produits commercialisés en Occident contiennent des composants chinois, souvent issus de matières premières africaines.

Pour conserver cette position stratégique, la Chine limite l’accès des ressources africaines à l’Occident, fragilisant ainsi les économies européennes et américaines. La France, en dépit de son influence historique en Afrique via la Françafrique, n’a pas su anticiper cette montée en puissance chinoise.

En réaction, les États-Unis multiplient les initiatives pour contrer l’influence chinoise. Une de leurs stratégies consiste à bloquer les dettes pétrolières africaines contractées envers la Chine. Or, une grande partie de cette dette, libellée en dollars, reste hors d’atteinte en raison de ce mécanisme. Cela soulève une question cruciale : celle de la souveraineté économique et financière des États africains.


Le Congo : une opportunité stratégique dans un monde en mutation

Au cœur de ces rivalités mondiales, le Congo-Brazzaville possède un atout majeur : sa position géographique stratégique en Afrique centrale. Historiquement, cette localisation a fait du Congo un carrefour pour le transit des biens et des personnes, notamment dans le cadre de l’Union Douanière et Économique de l’Afrique Centrale (UDEAC).

Pour tirer parti de ce contexte, le Congo doit :

  1. Renforcer son rôle de pays de transit régional
    La modernisation des infrastructures (ports, chemins de fer, routes) est indispensable. Cette transformation permettrait au Congo de devenir un hub économique pour l’Afrique centrale, en s’appuyant sur sa position géographique stratégique. Cette vision, portée par le CDRC pour une République Unie du Congo, répond à cette ambition.
  2. Diversifier ses partenariats internationaux
    Le Congo doit s’inspirer des relations amicales initiées par le président Fulbert Youlou avec les États-Unis et John F. Kennedy. Une diplomatie équilibrée, fondée sur des partenariats diversifiés et respectueux, est essentielle pour maximiser les opportunités tout en préservant la souveraineté nationale.
  3. Investir dans une économie durable
    Le Congo doit se libérer de sa dépendance aux ressources minières en diversifiant son économie. L’agriculture, l’industrie légère et les services doivent être prioritaires, en mettant la jeunesse au centre de cette transformation. Dans cette optique, une politique de désimmigration — encourageant le retour des Africains de la diaspora dans leur pays d’origine pour bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Occident — pourrait jouer un rôle clé.
  4. Promouvoir l’intégration régionale
    Une coopération accrue avec les pays voisins, notamment la République Démocratique du Congo et le Rwanda, contribuerait à stabiliser la région et renforcerait le rôle du Congo comme acteur clé des initiatives africaines.

Une vision pour l’avenir

La guerre commerciale entre grandes puissances ne doit pas être perçue uniquement comme une menace. Elle offre également une opportunité aux nations africaines de redéfinir leur place dans le monde, à condition de se doter d’une stratégie claire et coordonnée.

Pour le Congo, cela passe par une transition politique apaisée sur cinq ans, comme le propose le CDRC. Cette période de transition permettrait de poser les bases de l’union nationale, indispensable pour mobiliser les énergies citoyennes et bâtir une véritable nation congolaise.

Le Congo, par son potentiel et sa position, a les moyens de redevenir un acteur incontournable, non seulement en Afrique centrale, mais aussi sur la scène mondiale. Cependant, cela exige un leadership visionnaire, capable de dépasser les clivages et de fédérer toutes les forces vives.

Ainsi, le Congo pourrait réaliser la vision exprimée dans mon article « It’s Time To Make Congo-Brazzaville Great » (The Daily Caller, 20 mars 2018). En mobilisant ses atouts et en affirmant sa souveraineté, le Congo a toutes les chances de reprendre sa place au sein des nations influentes de demain.

Modeste Boukadia

Le 20 janvier 2025

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