
Pour sortir de la peur : l’unité nationale
Quand la paix l’emporte sur la guerre. Dans le film La Somme de toutes les peurs (film de Phil Alden Robinson, 2002 d’après le roman éponyme de Tom Clancy, 1992), qui met en évidence les tensions entre les États-Unis et la Russie, on constate qu’autour des deux présidents, les va-t-en-guerre sont plus nombreux que ceux qui prônent une solution pacifique. Pourtant, à la fin, ce sont ces derniers, bien que minoritaires, qui finissent par avoir raison.
Qu’en est-il au Congo ? Comment expliquer que tant de proches de Denis Sassou Nguesso s’éloignent de lui ou se retrouvent en prison pour avoir simplement suggéré une autre manière de gouverner ? Le paradoxe congolais et plus précisément celui de Denis Sassou Nguesso tient à l’isolement du pouvoir, ou plutôt à ses desseins, incompatibles avec notre République, excluant ceux-là même qui auraient pu le sauver !
C’est ce que m’aura toujours inspiré, avec stupeur, le cas du Général Norbert Dabira, ancien inspecteur général des Armées. Lors de son procès qui sera suivi par son incarcération pour complot supposé contre le pouvoir en place, je retiens cette alerte non dénuée de fondements : ce qu’il adviendrait aux Mbossis si Denis Sassou Nguesso s’obstinait dans sa politique d’exclusion de tous au seul profit des siens, par « les siens » entendus, ses parents directs. Il est probable qu’en plus de cet officier militaire de haut rang, d’autres officiers ou cadres avaient aussi alerté Denis Sassou Nguesso sur cette fragmentation de la République, qui ne laisserait d’autres choix que la crainte avérée sur l’avenir des Mbossis. De ce qu’il s’est dit à son procès, il fut cependant le seul à penser à l’évincer. C’était, reconnaissons-le-lui, très courageux.
L’exclusion, un poison pour l’unité nationale
Son souci de l’unité nationale, peu importe ses motivations, a coûté au Général Norbert Dabira sa liberté, à d’autres leur vie, leur marginalisation dans la vie publique et sociale, voire leur bannissement du pays.
Nous serions portés à croire que la mauvaise gestion du pays est imputable à l’ensemble des Mbossis, et que Denis Sassou Nguesso en serait exempt sous prétexte qu’il ignorerait la réalité des situations que ses collaborateurs ne lui rapporteraient pas. Cette perception erronée ne fait qu’exacerber les divisions.
Il est pourtant évident que, même au sein du pouvoir, des officiers, des sous-officiers, des généraux et des cadres portent en eux l’idée de l’unité nationale. Mais refuser une nomination ou contester une décision du chef, c’est risquer sa vie et celle de sa famille. Par instinct de survie, beaucoup choisissent alors de dire « oui ».
Peut-on alors se risquer à poser la question suivante : comment se fait-il que tout un peuple en arrive à détester un seul homme ? Une réflexion que Denis Sassou Nguesso devrait méditer.
L’unité nationale, seule voie vers la stabilité et le développement
Probablement, le Général Norbert Dabira avait compris que seule l’unité nationale pouvait garantir la stabilité et le développement du pays. Il pensait que d’autres officiers supérieurs partageraient son idée et seraient prêts à arrêter cette dérive autocratique qui risque de mener notre pays au chaos irréversible.
Ce renouveau repose sur sa jeunesse. Ce sont les jeunes qui subissent déjà les conséquences des divisions actuelles, mais ce sont aussi eux qui ont la force et l’énergie pour reconstruire un pays plus juste et prospère. Il est temps de leur donner une place centrale dans la prise de décision et dans la gestion du pays.
Les jeunes doivent refuser d’être de stériles spectateurs de la marche de notre pays et s’impliquer activement, que ce soit dans l’économie, la politique ou la société civile. Ils doivent s’organiser, se former et porter des initiatives pour faire émerger un leadership nouveau, tourné vers l’unité et le développement.
Une vision anticipée de l’histoire
Il y a quelque temps, au moment de la chute de quelques localités en RDC, j’avais appelé Denis Sassou Nguesso à ne pas faire de notre pays une base arrière de l’un des protagonistes, à savoir le Rwanda. Propos que j’avais réitéré sur LTR-R7 en précisant que Denis Sassou Nguesso soit nommé médiateur dans le conflit entre le Rwanda et la RDC. J’avais alors essuyé de vives critiques : « Ce n’est pas son rôle, c’est une affaire d’État ! » Que ceux qui se réjouissent aujourd’hui de l’intervention de Lance Gooden, envoyé spécial du président américain pour la région des Grands Lacs, s’en souviennent. Cette situation devrait inviter Denis Sassou Nguesso à la plus grande prudence car on finira bien par se dire, même en murmurant : « Modeste Boukadia l’a dit, le président Donald Trump l’a fait ! »
L’urgence de reconstruire un Congo uni
L’Union nationale est la seule voie pour surmonter les peurs qui paralysent le Congo. Le peuple congolais doit se retrouver dans l’unité pour que notre pays redevienne une République forte, capable d’assurer la stabilité de la sous-région.
Denis Sassou Nguesso sera-t-il, comme annoncé, l’hôte du président français Emmanuel Macron à la fin de ce mois ? Rien n’est plus certain. En tout cas, pour l’avenir des Mbossis, le sien et celui des Congolais, qu’il médite ce qui est ici écrit.
Modeste Boukadia
Le 26 février 2025
