
Construire l’État pour libérer le Congo des divisions claniques et ethniques
L’État est le socle de toute nation stable et prospère. C’est une vérité fondamentale que m’a rappelée Jean-Louis Debré lors de notre rencontre le 4 mars 2015. Ce grand homme, d’une gentillesse infinie, m’avait alors confié :
« Mettez en place l’État et le Congo n’aura plus de problèmes. Tous vos soucis de tribalisme, de régionalisme disparaîtront. La France est souvent critiquée pour son “trop d’État”, mais c’est ce même État qui lui assure sa stabilité. Votre pays est encore à construire, alors commencez par bâtir l’État. »
Dix ans après, cette mise en garde résonne plus que jamais. Car si nous voulons sortir des divisions qui rongent notre nation, il est impératif de bâtir un État fort, indépendant des logiques partisanes et claniques.
Depuis que je donne des interviewes, je ne cesse de répéter qu’il faut mettre en place l’État. À la Conférence Nationale Souveraine, nous avions pris la décision de créer des institutions indépendantes de toute influence partisane, ce qui aurait permis d’éviter bien des dérives. Mais l’UPADS, qui venait de remporter les élections libres de 1992, a balayé cette décision d’un revers de main. Résultat ? Le PCT est revenu et a suivi la même trajectoire, achevant d’enterrer la démocratie.
Aucun parti ayant gouverné le Congo ne peut se targuer d’avoir bien fait. Tous ont peut-être cru agir au mieux, mais le bilan est catastrophique. Aujourd’hui, la règle est la région, la tribu, l’ethnie, le clan et la famille. Jamais la nation. Un ministre nouvellement nommé transforme sa maison en agence d’embauche pour son clan, comme si seules les compétences existaient au sein de son ethnie. Voilà ce qui gangrène le pays.
Regardez le Conseil constitutionnel, qui a piétiné la République en 2021 sous l’influence du clan de Denis Sassou Nguesso. Si nous avions des institutions réellement indépendantes, nous n’aurions plus à entendre des déclarations scandaleuses comme celle de Jean-Dominique Okemba :
« Nous avons brûlé telle ou telle région et le ciel n’est pas tombé ! »
Ou encore, et avec raison que je comprends, celles, pathétiques, du général Norbert Dabira, préoccupé par l’avenir des Mbossi ou de telle ou telle autre ethnie, comme si le destin du pays devait se réduire à une question de clans et de tribus.
C’est pourquoi j’invite la jeunesse congolaise à s’émanciper de ces pratiques néfastes. C’est à elle qu’incombe la responsabilité d’imposer un État indépendant des ethnies, des clans et des familles, avec des institutions véritablement républicaines.
Il nous faut un État garant de la sécurité de tous les Congolais, y compris ceux qui ont exercé le pouvoir par tyrannie. Ainsi, des figures comme le général Norbert Dabira n’auraient plus à s’inquiéter de l’avenir de telle ou telle ethnie, et nous n’aurions plus à subir des personnages comme Jean-Dominique Okemba qui se vantent d’avoir « brûlé des régions » en toute impunité.
L’urgence n’est pas d’organiser une élection présidentielle que tout le monde rejette. Ce serait précipiter le pays dans une issue désastreuse. Que ceux qui veulent cette élection assument la responsabilité de ses conséquences et des tensions qu’elle engendrerait. Nous devons d’abord reconstruire le pays en profondeur.
Cela commence par la révision du procès du commandant Marien Ngouabi afin de libérer le peuple Bakongo d’une culpabilité politique injustement attribuée. Dire que « Bakongo ba bomi Marien » revient à condamner tout un peuple à une accusation collective, tout comme il serait absurde de dire que tous les Mbossi ont détruit le pays. Nous devons libérer les consciences de ce poids historique et pointer les vrais responsables.
S’agissant de l’accusation « Bakongo ba bomi Marien » ; si on ne peut pas solder ce contentieux, il ne faut pas penser à ce que l’on vive ensemble
De même, il est temps d’ouvrir un procès sur l’assassinat du cardinal Émile Biayenda. Voilà les véritables fondements d’une union nationale sincère et durable. Seul un État de droit peut permettre de tourner ces pages sombres et d’aller de l’avant.
Nous devons aussi revoir notre place dans la géopolitique mondiale. Dès la fin du premier mandat de Donald Trump, j’avais prédit son retour en force. Beaucoup se moquaient de moi. Aujourd’hui, les cartes sont rebattues, et le Congo, comme toute l’Afrique, doit s’affirmer comme un partenaire conséquent.
Il est temps d’inverser la dynamique de l’immigration. Nous devons encourager la désimmigration c’est-à-dire le retour des Africains de la diaspora afin qu’ils mettent leurs expertises au service du continent. Ces hommes et ces femmes, qui comprennent l’Occident et ses rouages, seront les meilleurs architectes de partenariats responsables et équilibrés. Il faut en finir avec la relation postcoloniale de 1960 et bâtir une coopération volontariste, en phase avec la nouvelle géopolitique mondiale.
Aux jeunes, aux organisations syndicales, aux femmes, l’heure est venue de prendre votre destin en main.
- Aux syndicats : unissez-vous et vous verrez le changement.
- Aux femmes : le 8 mars n’est pas une fête mais un bilan. Qu’avez-vous obtenu en matière de droits et d’amélioration des conditions de vie ? Comment pouvez-vous célébrer quand vos filles de 18 ans sont considérées comme des « vieilles femmes » destinées à devenir des proies sexuelles ? Révoltez-vous ! Exigez la fin de ces pratiques arriérées. Pourquoi ne pas organiser une grève du lit pour faire entendre raison à ces hommes qui exploitent vos enfants ?
Peuple du Congo, l’avenir repose entre vos mains. Ce n’est ni une élection précipitée ni des querelles ethniques qui nous sortiront de l’impasse. Seule la construction d’un État fort, impartial et souverain peut garantir notre avenir.
Aux forces de sécurité – police, gendarmerie, armée – il est temps de choisir votre camp. Le pays est mort. Il est temps que vous soyez enfin aux côtés du peuple. Soyons unis, soyons debout, et reprenons notre destinée en main !
Le Peuple est plus que jamais notre seul véritable Dieu.Je vous remercie.
Modeste Boukadia – 5 mars 2025
