Sortir des sentiers battus : Non au remake du 18 mars 1977

Sortir des sentiers battus : Non au remake du 18 mars 1977

Un adage bien connu nous rappelle que : « Même à un fou, on ne fait les poches qu’une seule fois ! »

Le Congo vit aujourd’hui dans l’angoisse et l’incertitude. Du Nord au Sud, ce sont les mêmes cris de détresse, les mêmes lamentations. La misère est devenue insoutenable, et la pauvreté, criante.

Inutile de revenir longuement sur un bilan que tout le monde connaît : le peuple congolais n’en peut plus. Ce qu’il réclame aujourd’hui, ce ne sont plus des constats mais des solutions. Des solutions qui rassemblent et non des manœuvres qui divisent davantage une nation déjà profondément meurtrie.

Autrefois, on évoquait des voies de sortie de crise : Conférence internationale sur le Congo, table ronde, main tendue, compromis politique historique ou encore, dialogue inclusif dans un pays tiers. Ces pistes ont toutes été rejetées ou discréditées par le pouvoir en place – notamment le PCT et ses affidés – dans une stratégie de fuite en avant, croyant ainsi gagner du temps. En réalité, cette posture n’a fait qu’aggraver la situation et amplifier la misère populaire et la grogne est à son paroxysme.

Que constate-t-on aujourd’hui ?

• Les puissances extérieures se détournent progressivement du système PCT, conscientes de sa fragilité. Ce régime vacille et au moindre choc il s’effondrera.

• La majorité des Congolais, revenue des guerres prétendument libératrices mais en réalité à caractère tribale et ethnique pour finir en pouvoir familial et clanique, aspire à un changement sans violence, par crainte d’en rajouter aux pertes humaines inutiles.

Face à cette réalité, plusieurs questions doivent être posées :

• Comment briser le nœud du drame congolais, fait de complicités silencieuses et de compromissions solidaires ? Car remettre en cause Denis Sassou Nguesso c’est aussi mettre à nu tout un système de responsabilités partagées et notamment, sur les violences, les abus, et les dérives insupportables dont ont été victimes des femmes, des jeunes filles et aujourd’hui, de jeunes hommes.

• Comment se libérer de la menace du chaos programmé entretenue à dessein par certains pour dissuader toute transition ? Le refrain en préparation est bien connu : « Avec Sassou, il y avait au moins la stabilité. » Pourtant, chacun sait que cette instabilité annoncée sera savamment orchestrée pour préserver un système qui n’a jamais œuvré pour l’intérêt général.

Non au remake de l’histoire tragique

Des voix s’élèvent à nouveau, prônant des scénarios déjà vécus, inspirés des désolations meurtrières du passé, qu’on entonnera pas demain, cette infamie : « Bakongo ba bomi Denis. » Pourquoi les coups de force doivent-ils toujours être fomentés depuis le Sud du pays ?

L’appel à la conscience nationale

La violence n’a jamais été et ne sera jamais la solution aux maux du Congo. Le changement par la force n’apportera que de nouveaux maîtres armés devant lesquels il faudra tout consentir au risque de nos vies, ni la paix, ni les investissements, ni les emplois, ni l’électricité, ni l’eau potable. La seule voie viable et juste, c’est celle de l’union nationale, fondée sur le dialogue, la réconciliation et la coresponsabilité.

Nous avons besoin de Congolaises et de Congolais vivants, conscients de leur rôle historique, et prêts à reconstruire la nation. Le Congo ne se fera pas sans les Congolais, et il n’appartient à aucun clan. Il est à nous tous.

Souvenons-nous du coup d’État du 5 juin 1997 et de ses conséquences dramatiques. Souvenons-nous du rôle joué par les armées étrangères venues du Zaïre (RDC), d’Angola et du Tchad, notamment dans les régions du Sud. Ce précédent, chacun doit s’en rappeler pour ne pas être complice.

Un tel scénario ne doit jamais se répéter.

Pour conclure :

Oui, nous voulons le changement. Oui, nous appelons à l’union nationale. Mais non, nous refusons l’instrumentalisation des populations, qu’elles soient du Nord ou du Sud.  Le Congo doit se reconstruire dans la tranquillité, la justice, et la responsabilité partagée. « Ni peur, ni haine, c’est là notre victoire ! »

Modeste Boukadia 11 avril 2025

Une réflexion sur “Sortir des sentiers battus : Non au remake du 18 mars 1977

  1. Avatar de Tom Melvin BAIKI Tom Melvin BAIKI

    Cet article dénonce avec force la souffrance persistante du peuple congolais, tout en mettant en garde contre les dérives politiques qui rappellent les heures sombres de l’histoire du pays, notamment les événements du 18 mars 1977 — date de l’assassinat du président Marien Ngouabi, symbole d’un tournant sanglant dans la vie politique du Congo. Le président Modeste Boukadia plaide pour l’abandon des schémas autoritaires et manipulateurs, appelant à une vraie rupture avec les pratiques du passé.

    Après trois décennies d’observation attentive du pouvoir en place à Brazzaville, mes analyses mettent en lumière plusieurs points fondamentaux qui méritent réflexion et débat. Voici ces points :

    Stratégies de souffrance appliquées au Congo-Brazzaville

    1. La misère organisée comme outil de contrôle

                   • L’article évoque une pauvreté devenue insoutenable, qui n’est pas seulement le fruit d’un échec de gouvernance, mais une stratégie politique de résignation.

                   • La privation économique (salaires impayés, chômage massif, effondrement des services sociaux) pousse la population à la dépendance, rendant toute contestation risquée ou même impossible.

    • Le rejet systématique du dialogue inclusif

                   • Les multiples propositions de sortie de crise (conférences nationales, dialogues politiques) sont refusées ou discréditées, ce qui révèle une stratégie de verrouillage politique.

                   • Ce refus du compromis entretient une instabilité permanente, instrumentalisée pour justifier un pouvoir fort.

    • La division du peuple comme levier de gouvernance

                   • Le texte dénonce les manœuvres de division, alimentées par des logiques ethniques ou régionales. Cela permet de détourner l’attention de la vraie question : la responsabilité du pouvoir actuel dans la crise.

                   • Diviser pour régner est une stratégie bien connue, et au Congo, elle s’est imposée comme outil central de maintien au pouvoir.

    • La mémoire traumatique utilisée pour dissuader le changement

                   • L’avertissement contre un “remake du 18 mars 1977” fait écho à une peur collective encore vive. Le pouvoir s’appuie sur cette mémoire pour diaboliser toute tentative d’alternance, suggérant qu’un changement radical mènerait à une guerre civile ou au chaos.

    • C’est une stratégie de chantage émotionnel et de gestion par la peur.

    • La confiscation du temps politique (la fuite en avant)

                   • En refusant toute discussion sérieuse, le régime gagne du temps, comme le souligne l’article. Cette stratégie consiste à épuiser les forces d’opposition, lasser la population et renforcer l’idée que rien ne changera.

    Conclusion

    L’article appelle à sortir des sentiers battus pour rompre avec ces stratégies de souffrance, qui sont autant de mécanismes de domination que de sabotage de l’avenir national. Le peuple congolais, selon l’auteur, ne veut plus de constats, mais des actions concrètes. Cela passe par un sursaut de conscience collective, et le refus catégorique de reproduire les tragédies du passé.

    Tom Melvin BAIKI

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