
Congo-Brazzaville : De la Gloire Nationale à la Déchéance Organisée
Le Congo d’hier : une nation pleine de promesses
Dans les premières années de son indépendance (1960), la République du Congo incarnait une promesse forte pour l’Afrique centrale. Doté d’importantes ressources naturelles – pétrole, forêts, minerais – et d’une jeunesse instruite et ambitieuse, le pays pouvait aspirer à une modernisation rapide.
Des figures politiques marquantes telles que Fulbert Youlou ou Alphonse Massamba-Débat, bien que controversées, ont su impulser les premières politiques d’industrialisation et de souveraineté. Puis, sous Marien Ngouabi, la République populaire du Congo naît en 1969, inspirée du marxisme-léninisme. Malgré les limites du régime, cette époque est marquée par une volonté forte d’émancipation nationale, d’éducation universelle, de structuration de l’État et de l’armée.
Le Congo s’affirme alors comme un acteur géopolitique important sur la scène africaine, respecté pour sa diplomatie non-alignée et son engagement dans les luttes panafricaines.
L’ère Sassou Nguesso : la confiscation d’un pays
Denis Sassou Nguesso arrive au pouvoir en 1979. D’abord présenté comme un homme du peuple, il devient progressivement le symbole d’un pouvoir absolu, néopatrimonial et prédateur. Après une première période de pouvoir jusqu’en 1992, il revient en force par les armes en 1997, à la suite d’une guerre civile sanglante.
Depuis lors, son régime est synonyme de :
• Clientélisme et corruption systémique : les institutions sont vidées de leur substance pour servir des réseaux personnels de pouvoir. La haute administration devient un outil de contrôle et non de service public.
• Pillage massif des ressources naturelles : le pétrole, principale richesse du pays, est capté par une élite restreinte. Les contrats opaques avec des compagnies étrangères, les emprunts gagés sur la production pétrolière, et les détournements de fonds ont laissé le pays dans une dette abyssale malgré ses richesses.
• Répression politique : opposition muselée, médias indépendants censurés, société civile fragilisée… Le régime utilise la peur et la division pour se maintenir.
• Démolition des services publics : santé, éducation, infrastructures – tout est en déclin. Les hôpitaux manquent de tout, les écoles tombent en ruine, pendant que le clan au pouvoir vit dans l’opulence.
• Corruption participative sans sanction : la corruption n’est pas un accident, elle est devenue un système. Chacun y trouve son compte, tant qu’il reste fidèle au pouvoir. L’impunité est totale, même dans les cas flagrants de détournement.
Pourquoi Sassou détruit le Congo ?
Ce n’est pas par ignorance, mais par choix. Sassou Nguesso a compris que pour rester éternellement au pouvoir, il faut :
• Éteindre toute conscience collective, en appauvrissant la population et en la maintenant dans une dépendance économique et psychologique.
• Diviser pour mieux régner, en entretenant des rivalités ethniques et en distribuant les ressources selon l’allégeance politique.
• Confisquer la richesse nationale, non pour bâtir un pays, mais pour enrichir un clan.
Un pays en otage, un peuple en attente
Aujourd’hui, le Congo est l’ombre de lui-même. Ses jeunes fuient le pays ou tombent dans la précarité. La fierté nationale s’est transformée en résignation. Mais l’histoire est un cycle. Aucun régime, aussi puissant soit-il, ne dure éternellement. La mémoire de la grandeur passée reste vive, et avec elle l’espoir d’un renouveau.
Le réveil d’une nation est inévitable
L’histoire du Congo ne commence pas avec Sassou Nguesso, et elle ne se terminera pas avec lui. Le pays a connu des heures de gloire, une jeunesse vibrante, des rêves d’industrialisation et de justice sociale. Il est donc possible, et même nécessaire, de renaître.
Mais cette renaissance ne viendra pas d’un homme providentiel. Elle viendra du peuple.
Les Congolais doivent retrouver la mémoire de leur dignité collective, exiger des comptes, refuser la soumission à un système qui appauvrit, divise et humilie. Il est temps de cesser de croire que la politique est une affaire réservée à une élite corrompue. La politique, c’est l’affaire de tous, surtout lorsque le silence nourrit l’oppression.
Le Congo a trop d’atouts pour mourir en silence :
• Une population jeune et talentueuse
• Un potentiel agricole immense
• Un sous-sol riche en ressources
• Une culture forte et vivante
Alors que manque-t-il ?
Le courage collectif. Le courage de dire non. Le courage de dénoncer, de se former, de se battre pour un pays juste. Le courage de se souvenir que, malgré les années de manipulation et de pauvreté orchestrée, un autre Congo est possible.
Tom Melvin BAIKI – Le 19 avril 2025 – 16h30
