TRIBUNE | De la réconciliation inter-nordiste à la réconciliation nationale

Modeste Boukadia à Chartres (esplanade Jean Moulin) lors d’une interview par Ziana TV. Photo ©NadineNagel

TRIBUNE | De la réconciliation inter-nordiste à la réconciliation nationale
Par Modeste Boukadia, Président du parti Cercle des Démocrates et Républicains du Congo (CDRC) – 31 mai 2025

Vers un Congo réconcilié : l’heure de l’unité nationale a sonné

Alors que la récente visite officielle de Denis Sassou Nguesso à Paris laisse entrevoir un isolement diplomatique croissant, Modeste Boukadia appelle à une prise de conscience nationale. Il invite les forces vives du pays – y compris les plus proches du pouvoir – à accompagner une transition politique apaisée, dépassant les clivages régionaux pour ouvrir la voie à une véritable union nationale. À travers cette tribune, il propose une lecture lucide de la situation et trace les contours d’un Congo réconcilié avec lui-même, prêt à affronter les défis de la nouvelle ère géopolitique.Service Presse CDRC.

La résilience du Congo exige une prise de conscience collective, à commencer par les officiers généraux et supérieurs des Forces Armées Congolaises (FAC). Ces dernières, parfois perçues comme des auxiliaires d’un pouvoir soucieux de sa pérennité régionale, ont aujourd’hui un rôle décisif à jouer : celui de garantir l’unité nationale et non la division.

À cet égard, la récente visite officielle du président Denis Sassou Nguesso à Paris, sur invitation de son homologue Emmanuel Macron, mérite une lecture politique attentive. Elle révèle des signaux faibles mais significatifs, qui pourraient annoncer l’ouverture vers une Transition Politique Apaisée, fondée sur le compromis – cette voie que j’ai, à maintes reprises, préconisée afin d’éviter des tragédies inutiles.

Le 22 mai 2025, Denis Sassou Nguesso s’est donc rendu en France. Toutefois, à sa descente d’avion, il a été accueilli non par le président français, comme le voudrait l’usage dans une visite d’État, mais par un préfet – sans même la présence d’un ministre délégué. Ce protocole allégé a été suivi par d’autres signes notables : aucun dîner d’État, aucune conférence de presse conjointe, et un traitement médiatique en demi-teinte. À l’exception de RFI, France 24 et un court passage sur une chaîne d’information continue, les médias français sont restés silencieux. De nombreux observateurs s’interrogent : cette visite avait-elle réellement l’étoffe d’une visite d’État ou marquait-elle une forme de clôture symbolique ?

Plus encore, lors de la signature des documents bilatéraux, ce ne sont pas les deux chefs d’État qui ont apposé leurs signatures – comme le veut la tradition diplomatique – mais deux représentants. Aucun communiqué final n’a été diffusé à l’issue de la rencontre. Ces faits ne peuvent être balayés d’un revers de la main. Ils traduisent un certain isolement et appellent, en creux, à un sursaut.

Ce sursaut, les fidèles du président Denis Sassou Nguesso doivent aujourd’hui le faciliter. Il ne s’agit pas de renier ce que fut leur engagement, ni de minimiser les parcours personnels façonnés sous ce régime. Mais ils ont désormais le devoir d’accompagner leur chef dans ce qui pourrait être la plus grande décision politique de sa vie : celle d’ouvrir une nouvelle page pour le Congo.

L’heure n’est plus aux antagonismes. L’heure est venue de dépasser les clivages Nord-Sud et Sud-Nord. Il faut rompre avec la logique de la réconciliation inter-nordiste, qui ne saurait suffire, pour aller vers une véritable union nationale. Que les Ngala ne pointent plus les Bakongo, que les Bakongo n’imputent plus aux Ngala la responsabilité du passé. Le destin congolais est un destin commun. C’est dans l’unité que nous devons bâtir la République, celle que nos Pères-Fondateurs ont rêvée le 28 novembre 1958 – malgré ses imperfections.

C’est à nous qu’il revient de corriger ces imperfections. Pour construire une République une et indivisible, nous devons repenser nos institutions afin qu’elles soient réellement accessibles à tous, sans distinction d’origine, d’ethnie ou d’appartenance régionale.

En ce sens, la visite de Denis Sassou Nguesso à Paris, malgré ses faiblesses diplomatiques apparentes, peut devenir une opportunité historique. Elle peut sonner l’heure du réveil national. Elle peut être le point de départ d’un changement de cap. Celui d’un Congo ouvert à ses enfants, qu’ils soient de l’intérieur ou de la diaspora. Celui d’une politique de désimmigration volontaire, où ceux qui ont fui reviennent avec leurs savoirs, et s’associent à ceux qui sont restés pour refonder ensemble la Nation.

Notre capacité à nous unir, à transcender nos blessures et nos appartenances, déterminera si Denis Sassou Nguesso pourra quitter la scène par la grande porte. Et si le Congo, dans un monde fracturé par les rivalités géopolitiques et les guerres commerciales, saura retrouver un rôle stratégique en Afrique centrale. Un rôle que notre pays joua autrefois au sein de l’UDEAC, en misant sur le transit, la paix et la coopération avec ses voisins, à travers un axe Brazzaville-Kinshasa-Luanda renforcé.

Ce nouveau cap n’est pas une utopie. C’est une nécessité historique. À nous de faire en sorte qu’il devienne réalité.

Modeste Boukadia
Président du parti Cercle des Démocrates et Républicains du Congo (CDRC).

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