
Congo-Brazzaville | Réconciliation inter-nordiste : entre mythe historique et nécessité contemporaine
Par Tom Melvin BAIKI – Le 01/06/2025
Mes chers compatriotes, il est essentiel de faire la distinction entre la réconciliation inter-nordiste appelée par Denis Sassou Nguesso après l’assassinat du Commandant Marien Ngouabi en 1977, et celle que nous prônons aujourd’hui dans un contexte de refondation nationale.
🔴 Contexte historique : l’assassinat de Marien Ngouabi et la consolidation du pouvoir
Le 18 mars 1977, le président Marien Ngouabi, leader charismatique et originaire du nord du Congo, est assassiné. Cet événement marque un tournant violent dans l’histoire politique congolaise. Ngouabi avait été une figure centrale du Parti congolais du travail (PCT) et promoteur d’une politique socialiste.
À la suite de son assassinat, un climat de suspicion et de répression s’installe. Denis Sassou Nguesso, alors président du Comité militaire du parti, lance un appel à la réconciliation inter-nordiste. Cette démarche vise à rassembler les cadres du Nord, dont certains étaient liés à l’ancien président Yhombi Opango, dans le but de stabiliser le pouvoir du PCT face à l’opposition du Sud et des autres factions.
Comme l’a souligné Sassou Nguesso dans plusieurs discours de l’époque, la réconciliation devait éviter la division interne et assurer la continuité du régime : « Nous devons rester unis, frères du Nord, pour garantir la stabilité et la paix dans notre pays. Tout autre choix serait un danger pour notre peuple. »
🔴 Une réconciliation politique au service du pouvoir
Cette réconciliation était d’abord une stratégie de maintien du pouvoir par le Nord. En appelant ses « frères du Nord » à rejoindre la famille politique, Sassou Nguesso cherchait à neutraliser toute opposition interne. Cette approche, bien que pragmatique, a consolidé une logique ethno-régionale qui a contribué aux tensions futures.
Le régime ainsi consolidé par Sassou Nguesso a maintenu une hégémonie politique pendant plus de quatre décennies, souvent critiquée pour son autoritarisme et ses dérives clientélistes.
🔴 Une réconciliation à repenser aujourd’hui
Aujourd’hui, il est impératif de repenser cette réconciliation inter-nordiste. Celle que nous appelons à bâtir ne peut être une répétition des logiques passées. Elle doit s’inscrire dans un projet national d’unité et de paix.
Le Congo doit dépasser la vision d’un pouvoir confisqué par une région et une ethnie. Le véritable patriotisme congolais passe par :
• La reconnaissance des erreurs du passé.
• La volonté collective d’une transition inclusive.
• La mise en place d’institutions démocratiques, transparentes et indépendantes.
🔴 Une transition inclusive et apaisée
Dans ce cadre, la transition que nous proposons doit durer cinq ans, le temps nécessaire pour :
• Refaire les institutions.
• Organiser des élections libres et transparentes.
• Garantir la justice et la réconciliation sans règlements de comptes immédiats.
La loi d’amnistie, évoquée par plusieurs experts, pourrait sceller ce compromis nécessaire, permettant d’éviter la spirale de vengeance qui a marqué trop de périodes post-conflit dans le monde.
🔴 Citations et références
• Marien Ngouabi (1974) : « La nation congolaise doit être unie au-delà des différences régionales et ethniques. Le socialisme congolais est au service de tous. »
• Denis Sassou Nguesso (1977), lors de l’appel à la réconciliation inter-nordiste : « La stabilité du Congo dépend de notre unité. Toute division affaiblit notre peuple. »
• Analyse d’Yves Marrier (historien) : « La réconciliation inter-nordiste de 1977 fut une étape clé, mais aussi un moment où la politique ethnique s’est institutionnalisée, préparant les tensions à venir. »
🔴 Conclusion : un nouveau pacte national
La réconciliation inter-nordiste d’hier servait un pouvoir autoritaire, celle d’aujourd’hui doit servir la nation. En refusant la perpétuation des clivages ethniques, en engageant un dialogue sincère, le Congo peut enfin poser les bases d’une paix durable.
Il s’agit d’un appel à la responsabilité des élites du Nord et du reste du pays pour ouvrir une ère nouvelle, fondée sur la justice, l’égalité et le respect mutuel.
Tom Melvin BAIKI – Le 01 juin 2025
