Le Congo n’a pas d’armée

Le Congo n’a pas d’armée
Par Tom Melvin Baiki – Mis en ligne le 04 juin 2025

Précision : Avant la parution de la tribune intitulée « Armée congolaise : silence coupable, fidélité criminelle«  signée par le Président du parti Cercle des Démocrates et Républicains du Congo (CDRC), Modeste Boukadia, j’avais déjà pris position sur la nature réelle de ce que l’on appelle « armée congolaise ».

En réalité, il ne s’agit nullement d’une armée au sens républicain du terme, mais d’un conglomérat de milices issues de différentes écuries, chacune contrôlée par des clans ou des individus proches de Sassou Nguesso.

Ce système est conçu de telle manière que chaque groupe surveille l’autre, tandis que tous gardent un œil sur le chef.

C’est précisément cette logique de méfiance permanente, de fragmentation organisée et de loyauté conditionnelle qui explique l’état actuel de l’armée congolaise.

Depuis l’assassinat de Marien Ngouabi en 1977, le Congo a connu une militarisation de son pouvoir au service non de la nation, mais d’un seul homme : Denis Sassou Nguesso. Cette trajectoire a transformé l’armée congolaise en une entreprise de fidélité personnelle, où les élites militaires servent un chef plutôt qu’un idéal républicain.

1- La Garde républicaine, milice privée du régime

La Garde républicaine (GR) constitue la colonne vertébrale de ce système. Loin d’être une unité de protection nationale, la GR est en réalité la milice privée de Denis Sassou Nguesso. Elle n’est pas redevable aux citoyens, mais à l’homme qui l’a façonnée et qui la tient fermement sous sa coupe. Dotée de moyens disproportionnés et de privilèges spécifiques, la GR sert d’instrument de répression et de protection rapprochée du pouvoir.

2- La stratégie de la dette morale

Le système mis en place repose sur une stratégie redoutable : la dette morale. Sassou Nguesso a construit l’illusion qu’il est le « père » des élites militaires : c’est lui qui les a fait monter en grade, qui leur a offert des privilèges, qui a sécurisé leurs postes. Cette rhétorique paternaliste place les officiers dans une relation de dépendance psychologique et politique : ils se sentent redevables à lui, non à la République.

3- Un système pyramidal de manipulation

L’armée congolaise n’est pas une force homogène au service de la nation ; elle est un ensemble d’unités, chacune sous la coupe d’un officier supérieur, lui-même redevable à Sassou Nguesso. Chaque « élite » de l’armée, du général au colonel commande son unité comme un petit seigneur local, mais tous doivent leur ascension au chef suprême. Le système fonctionne ainsi :

🔺 Au sommet: Sassou Nguesso, seul maître des nominations, qui distribue les honneurs et les promotions.

🔻 À la base: des soldats et sous-officiers qui exécutent les ordres sans jamais bénéficier d’aucun pouvoir réel.

🔺 Les officiers: chacun dirige sa propre unité, mais tous savent qu’ils n’existent que par la grâce de Sassou Nguesso. Ils forment une aristocratie militaire repliée sur ses privilèges, et totalement soumise à celui qui les a faits.

4- Les sortants, les invisibles

À côté de cette élite, les militaires de rang intermédiaire et les jeunes soldats sont les grands oubliés : ils forment les bras, jamais la tête. Pour eux, il n’y a ni dette morale ni protection : ils sont des « ouvriers » de l’armée, instrumentalisés, et dont la vie compte peu face aux jeux d’allégeance des officiers. Leur sort est scellé : exécuter, se taire, disparaître.

5- Un silence coupable et une fidélité criminelle

Cette pyramide de loyautés personnelles, doublée de la manipulation psychologique, a vidé l’armée congolaise de son rôle premier : la défense de la nation.

Elle a transformé une institution républicaine en une entreprise de fidélité criminelle :

  • Criminelle parce qu’elle protège un homme au détriment du peuple,
  • Criminelle parce qu’elle participe à la confiscation des libertés,
  • Criminelle parce qu’elle perpétue un système où la violence est le seul arbitre.

L’armée congolaise, sous le règne de Sassou Nguesso, n’est plus qu’une mosaïque de fidélités personnelles, une force de coercition qui a oublié le Congo. Ce n’est pas un corps au service de la République, mais un système de protection mutuelle entre un chef et ses obligés. Pour briser ce cercle vicieux, il faut rétablir la primauté de la nation et replacer l’armée dans son rôle républicain : celui de protéger tous les Congolais, et non un seul.

Pourquoi Modeste Boukadia dénonce l’armée congolaise dans sa Tribune | Armée congolaise : silence coupable, fidélité criminelle

🔺 L’armée congolaise: entreprise de milices privées

Il est important de le savoir et de ne pas compter sur cette institution dite l’armée congolaise.

Car le Congo a en réalité une entreprise de milices privées, dissimulée derrière le nom de l’armée nationale. C’est la plus grande escroquerie institutionnelle de l’histoire de notre pays : une armée qui n’est plus républicaine, mais privée, et qui ne protège que son client.

🔺 Une armée privée au service d’un homme

Cette institution dite l’armée congolaise n’est en réalité qu’un instrument au service d’un seul homme, Denis Sassou Nguesso. Sa mission n’est pas de défendre les citoyens ou de garantir l’intégrité nationale : elle est de maintenir le pouvoir en place. Elle n’a d’allégeance qu’à celui qui détient le pouvoir et aux réseaux qui l’entourent.

🔺 Une armée qui tue son peuple

Cette armée, qui devrait protéger les Congolais, est devenue un instrument de répression. Les manifestations pacifiques et les appels au changement sont réprimés avec violence. Tuer son peuple est la marque d’une armée de milice privée, pas d’une armée républicaine.

🔺 L’armée congolaise : la plus grande escroquerie institutionnelle

Depuis des décennies, on a entretenu le mythe d’une armée nationale, garante de l’ordre et de l’unité. La vérité est tout autre : cette institution dite l’armée congolaise est une entreprise privée de protection du régime. Sa structure interne repose sur la loyauté personnelle et non sur les valeurs républicaines.

Les élites militaires qui forment cette armée obéissent au client qu’ils servent – pas à la nation. Sassou Nguesso a bâti un système pyramidal de manipulation, fondé sur une « dette morale » : il fait croire aux officiers que c’est grâce à lui qu’ils sont devenus ce qu’ils sont, leur imposant une fidélité inébranlable.

🔺 Saviez-vous? Le seul salaire garanti

Et pour que cette fidélité reste totale, savez-vous que cette entreprise appelée l’armée congolaise est la seule institution du pays où les salaires sont payés sans retard ? Même lorsque les enseignants, les médecins ou les fonctionnaires attendent des mois pour être payés, l’armée reçoit toujours ses salaires à temps. C’est le prix de la fidélité et de la loyauté : l’armée congolaise, en réalité milice privée du pouvoir, est la seule entreprise au Congo où les salaires tombent toujours sans attendre.

🔺 Attendre leur intervention, c’est une illusion

Attendre que cette armée congolaise intervienne en faveur de la cause nationale, c’est comme attendre qu’un bourreau esclavagiste libère son esclave qui est le plus productif en coton. L’armée privée de Sassou est cet esclavagiste : elle ne libérera jamais la nation congolaise qu’elle exploite et opprime. Elle est l’outil de sa richesse et de son pouvoir, et non la garante de l’avenir collectif.

Conclusion : l’urgence de refonder la République

Ne comptons pas sur cette institution dite l’armée congolaise pour protéger le peuple : elle ne le fera pas. La première étape pour reconstruire la République, c’est de reconnaître cette vérité amère et de briser cette escroquerie historique. Le Congo mérite des institutions républicaines, et non des milices privées déguisées sous des uniformes. Seule une armée républicaine, libérée de ces logiques claniques, pourra enfin garantir la sécurité et la dignité des Congolais.

Tom Melvin BAIKILe 04 juin 2025

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