CONGO | 5 juin 2025 : 28 ans de pouvoir imposé par le sang

CONGO | 5 juin 2025 : 28 ans de pouvoir imposé par le sang
Tom Melvin BAIKILe 05 juin 2025 – 14h03 – Mise en ligne 22h30

Congo-Brazzaville : La milice d’État déguisée en armée nationale et le règne criminel de Denis Sassou Nguesso

Le 5 juin 1997 n’est pas simplement le début d’un affrontement armé au Congo-Brazzaville. C’est le jour où le projet cynique et prémédité de Denis Sassou Nguesso, le sous-préfet des intérêts français en Afrique centrale, a été activé pour reconquérir par la force un pouvoir qu’il considérait comme son bien personnel. Ce qui s’est joué ce jour-là, et les mois qui ont suivi, n’a rien d’un conflit ethnique ou politique ordinaire : c’est une entreprise méthodique de destruction nationale et de mise en coupe réglée du pays.

La fabrication des milices privées : un outil de guerre et de chantage

Bien avant 1997, Denis Sassou Nguesso avait compris que dans un État fragilisé et appauvri, l’arme ultime n’est pas la popularité ni la légitimité politique, mais la possession d’une force armée loyale et privatisée. C’est ainsi qu’il mit en place les Cobras, sa milice personnelle, bien avant la chute de Pascal Lissouba. Ce dernier, conscient de la menace, constitua à son tour les Zoulous, pendant que Bernard Kolélas armait les Ninjas.

Ce chaos organisé avait un but précis : fragiliser l’État central, diviser la population selon des lignes ethniques et régionales pour mieux imposer ensuite un ordre militarisé où la seule autorité résiderait dans le fusil et non dans les urnes.

Le coup d’État sanglant déguisé en retour à la paix

Quand Sassou déclencha les hostilités le 5 juin 1997, avec le soutien logistique et militaire de l’Angola, ce fut sous le prétexte grotesque de “ramener la paix”. En vérité, il s’agissait d’un putsch brutal qui coûta la vie à plus de 400 000 Congolais en à peine quelques années. Violences de masse, disparitions, exécutions sommaires, pillages systématiques des biens publics et privés : tout fut mis en œuvre pour terroriser la population et anéantir toute forme de contestation.

La milice d’État : une armée aux ordres d’un homme et non de la nation

Après avoir arraché le pouvoir dans le sang, Sassou fit ce que tout chef de guerre fait en pareil cas : il légalisa l’illégal. Toutes les milices furent absorbées dans une soi-disant “armée congolaise”, mais en réalité, chaque corps d’armée était placé sous le contrôle d’un officier choisi non pour sa compétence, mais pour sa fidélité absolue au chef. Des “super gardiens du temple”, véritables relais de Sassou, qui eux-mêmes ne doivent leur grade, leur fortune et leur impunité qu’à leur allégeance au président putschiste.

Cette armée n’est pas celle du Congo. C’est la milice privée de Denis Sassou Nguesso, légitimée par des insignes nationaux mais opérant exclusivement pour la préservation d’un pouvoir mafieux et néocolonial.

Denis Sassou Nguesso : l’État, c’est lui

Plus qu’un chef d’État, Denis Sassou Nguesso s’est érigé en institution vivante. Tout passe par lui, rien ne se décide sans lui. Les officiers lui doivent leur carrière, les ministres leur poste, les juges leur silence, et les hommes d’affaires leur survie économique. L’État congolais est devenu un décor de façade, derrière lequel opère une véritable organisation criminelle où le crime d’État est érigé en mode de gouvernance.

Sans Sassou, les officiers n’ont pas de carrières. Sans lui, les affairistes n’ont pas d’accès aux ressources. Sans lui, les criminels de guerre seraient jugés.

5 juin 2025 : 28 ans de pouvoir imposé par le sang

Aujourd’hui, ce 5 juin 2025, les Congolais n’oublient pas. Ce jour marque non seulement le début du massacre de 1997, mais aussi le commencement de la confiscation de leur avenir. Près de 400 000 victimes, des milliers de familles brisées, un pays économiquement étranglé, et une jeunesse sacrifiée pour la pérennité d’un clan prédateur, dirigé par un homme qui se croit intouchable.

Un jour, il faudra juger

L’histoire retiendra que Denis Sassou Nguesso ne fut pas seulement un dictateur. Il fut le bourreau de son peuple, le fossoyeur de la République et le sous-traitant zélé des intérêts étrangers. Il est temps que cette réalité soit dite sans détour, et que la communauté internationale cesse de se rendre complice de ce drame en fermant les yeux.

Car la paix sans justice est un mensonge, et le Congo ne retrouvera sa dignité que le jour où ses bourreaux seront juges.

Tom Melvin BAIKILe 05 juin 2025 – 14h03 – Mise en ligne 22h30

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