
Tribune | Le Congo sur la liste noire de Trump : où est passée l’Union Nationale ?
Par Modeste Boukadia – Le 10 juin 2025 – 17h58 – Mise à jour le 11/06/2025 – 14:25
Alors que le président américain Donald Trump a inscrit la République du Congo sur une « liste noire », symbole d’un pays failli et sans État, une question cruciale s’impose : l’Union Nationale est-elle encore une réalité ou une utopie ? Loin d’un sursaut collectif, les Congolais semblent atomisés, prisonniers d’un pouvoir clanique et d’une complicité internationale persistante.
En 2015, alors que je présentais les perspectives d’un redressement national au Président Jean-Louis Debré, alors président du Conseil constitutionnel français, celui-ci me confia :
« Modeste, mettez l’État en place, et il n’y aura plus de problèmes au Congo ! »
Cette parole m’habite encore. Depuis, je n’ai cessé de réclamer, d’exiger, d’appeler à la mise en place d’un véritable État au Congo, c’est-à-dire un État de droit, impartial, garant des institutions et du destin collectif.
Mais en retour, le régime du Parti congolais du travail (PCT) m’a opposé le silence, le mépris et la répression. Le même régime qui a conduit notre pays à l’effondrement politique, économique, moral et diplomatique.
Aujourd’hui, le Président Donald Trump a pris une décision inédite : inscrire le Congo sur une « liste noire » des pays en faillite, gangrenés par l’absence d’État et avec des connexions terroristes. Un geste fort, qui aurait pu marquer un tournant historique, une opportunité pour le peuple congolais de se rassembler afin de tourner la page sombre du régime de Denis Sassou Nguesso.
Mais, au lieu d’unir nos forces, chacun joue sa partition en solitaire. Les élites congolaises, trop souvent divisées, semblent s’être accommodées d’un système qui les aliène, pendant que les chancelleries ferment les yeux sur l’inacceptable.
Il faut cependant rendre à César ce qui est César c’est-à-dire que le soutien persistant de la France, protectrice de Sassou Nguesso, n’est pas étrangère à cette situation délétère.
Dans le cadre du Traité de Rio et au nom du principe d’assistance mutuelle réaffirmé après le 11 septembre, la France pourrait-elle envisager de réunir les chancelleries occidentales pour ouvrir une réflexion commune : faut-il maintenir l’accès aux visas européens pour les ressortissants congolais ?
Cette question, sensible mais légitime, mérite d’être posée au regard de signaux de plus en plus préoccupants. Le Congo est-il en train de devenir un partenaire incertain, voire un foyer de déstabilisation régionale ? Les soupçons de connexions avec des organisations comme le Hezbollah ou le Hamas ne changeraient-ils pas la nature même de notre approche diplomatique et sécuritaire à l’égard du Congo ? L’Union européenne peut-elle continuer à traiter ce dossier comme un simple sujet migratoire, alors que se dessine peut-être une menace plus profonde et moins visible ?
Il ne s’agit pas de céder à la précipitation, mais de poser les bonnes questions, avant qu’il ne soit trop tard.
L’histoire récente du Congo a pourtant connu des épisodes de sursaut moral.
- Dans les années 1960, les peuples Kongo avaient tourné le dos à Youlou et Massamba-Débat au nom de la justice et soi-disant contre la mal-gouvernance et le vol.
- Les officiers Mouzabakani et Moutsaka avaient refusé d’écraser dans le sang un soulèvement populaire.
Mais depuis 1977, le pouvoir s’est fossilisé autour d’une gouvernance inter-nordiste, imposée et maintenue par la force. Les compatriotes du Nord se taisaient, regardaient ailleurs, fermaient les yeux parce que c’était leur pouvoir, le pouvoir du Nord. Peu importe l’état du pays, la pauvreté, la dette, la fausse monnaie, ou la perte de souveraineté : l’essentiel pour le régime est de maintenir coûte que coûte le pouvoir dans un clan.
Cette dérive a conduit à la transformation des Forces armées congolaises en une milice clanique, dévouée non à la République, mais à la protection d’un pouvoir devenu identitaire. Comme si être né au nord du pays donnait un droit héréditaire au pouvoir d’État.
Face à cela, l’idée même d’Union Nationale semble aujourd’hui compromise.
La cécité volontaire de nombre de nos compatriotes, hostiles à toute idée de restauration d’un État neutre et équitable, ouvre la voie à une dérive tragique : la haïtisation du Congo, c’est-à-dire un effondrement irréversible de l’unité nationale, sur fond de divisions ethniques, de pauvreté extrême et de violence politique.
Nous devons aujourd’hui regarder en face nos responsabilités, et nommer les causes du drame congolais. Car l’histoire, elle, ne mentira pas. Ceux qui ont installé Denis Sassou Nguesso au pouvoir en 1997 à coup de 750 000 morts1, ne s’en cachent même plus :
« On pouvait s’en sortir avec 2 000 morts », disaient-ils sur LCI en 2005.
Le peuple congolais doit enfin reprendre en main son destin, sortir du piège clanique et régionaliste dans lequel l’a enfermé ce régime criminel, et restaurer l’Etat pour construire l’Union sur de nouvelles bases : la vérité, la justice et l’État de droit.
Sans cela, il ne restera plus que des cendres.
Modeste Boukadia, Président du parti Cercle des Démocrates et Républicains du Congo – Mise à jour le 11/06/2025 – 14:25
- « 750 000 personnes du Sud Congo manquent à l’appel », d’après le rapport du projet de programme post-conflit de développement économique et social pour le Congo 2000-2002. Un rapport cosigné en novembre 1999 par le Président Denis SASSOU NGUESSO, le ministre de l’Intérieur, de la sécurité et de l’Administration du Territoire, Pierre OBA, le ministre de l’Économie, des finances et du budget, Mathias DZON, l’Union Congolaise des Banques (UCB), la Banque Africaine de Développement (BAD) et les Nations Unies. ↩︎
