L’Afrique et la France ont-elles encore un avenir commun à l’ère du monde multipolaire ?

L’Afrique et la France ont-elles encore un avenir commun à l’ère du monde multipolaire ?

« Il y a quinze ans, nous étions une puissance bancaire et financière en Afrique », a reconnu le Président français Emmanuel Macron.
Cette déclaration, lucide et lourde de sens, marque la fin d’un cycle et pose une question centrale : celle de l’avenir des relations entre l’Afrique et la France dans un monde désormais multipolaire.

Alors que la jeunesse africaine aspire à des partenariats fondés sur le respect, la souveraineté et l’innovation, le maintien de soutiens à des régimes discrédités et contestés par leurs peuples apparaît comme un facteur de rupture durable. Le cas du Congo illustre cette fracture : le soutien persistant à un processus électoral rejeté par une large majorité du peuple congolais, notamment les élections prévues en mars 2026, interroge profondément l’avenir des relations franco-congolaises.

À l’inverse, la recomposition géopolitique mondiale, marquée par le retour affirmé des États-Unis en Afrique centrale et la lutte contre les régimes corrompus, les réseaux du narcotrafic et les organisations terroristes, impose un réajustement stratégique clair. L’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle des années 1960. Elle parle les mêmes codes que le reste du monde et exige des relations équilibrées, transparentes et responsables.

Face à cette réalité, le choix est désormais clair : accompagner les peuples ou s’accrocher aux régimes.
Pour le Congo, le peuple a exprimé sa voie : la Transition Politique Structurelle et Apaisée (ToPeSA), fondement de la restauration de l’État, de l’union nationale et d’un partenariat international renouvelé, fondé sur la dignité et la souveraineté.

La question peut surprendre, voire déranger :
L’Afrique et la France ont-elles encore un avenir commun à l’ère du monde multipolaire ?
Autrement dit, la jeunesse africaine a-t-elle besoin de la France telle qu’elle se présente aujourd’hui ?

Cette interrogation n’est ni provocatrice ni idéologique. Elle est le reflet d’une réalité politique et générationnelle profonde. En vérité, ce ne sont pas les peuples africains qui ont besoin de la France, mais bien certains régimes autoritaires francophones qui s’y accrochent pour assurer leur survie politique.

La jeunesse africaine, elle, aspire à autre chose.
Elle aspire à une coopération ouverte, équilibrée et multipolaire, à l’image du monde actuel. Elle observe les dynamiques internationales, comprend les rapports de force, maîtrise les codes de la communication globale, de l’économie numérique et de l’innovation. L’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle des années 1960, celle des « Oui, Monsieur » et des « Papa m’a dit ».
Elle veut créer, innover, entreprendre, dialoguer d’égal à égal.

Or, par ses choix répétés en faveur de régimes qui confisquent la souveraineté populaire, brident la jeunesse et organisent la prédation des richesses, la France apparaît de plus en plus comme un frein à l’émancipation africaine, plutôt que comme un partenaire d’avenir.

Les récentes déclarations du président Emmanuel Macron traduisent, certes, une forme de prise de conscience. Mais ce réveil semble tardif, après des années d’alertes, de notes, d’articles et d’analyses soulignant que le soutien aux dictatures africaines finirait par coûter cher à la France, tant en crédibilité qu’en influence.

Pendant ce temps, les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont clairement affiché leur volonté de se repositionner en Afrique, en lien avec une vision globale de leadership et de stabilité internationale. La signature des Accords de Washington pour la paix et la prospérité entre la République démocratique du Congo et le Rwanda illustre cette approche : mettre fin à des décennies de conflits, stabiliser l’Afrique centrale et ouvrir la voie à une coopération économique durable.

Ce retour stratégique américain en Afrique centrale n’est pas anodin. Il intervient après une période de rupture provoquée par la trahison de Denis Sassou Nguesso en 1997, marquée notamment par les attaques contre les intérêts américains, la destruction et le pillage de l’ambassade des États-Unis à Brazzaville, ainsi que par l’affaire Exxon, autant d’éléments qui avaient conduit la secrétaire d’État Madeleine Albright à déclarer sans ambiguïté :
« Sassou Nguesso nous a trahis, mais les États-Unis n’oublient jamais. »

S’agissant du Congo, une interrogation majeure demeure :
le soutien persistant de la France — y compris celui de certaines entreprises françaises — à un processus électoral rejeté par une large partie du peuple congolais, notamment les élections prévues en mars 2026, ne risque-t-il pas de constituer un point de non-retour dans les relations entre le Congo et la France ?

Ce questionnement révèle un contraste saisissant entre les approches américaine et française.
Tandis que les États-Unis mènent une politique assumée de fermeté à l’égard des régimes corrompus, de ceux liés au narcotrafic ou entretenant des connexions avec des organisations terroristes, la France continue, aux yeux de nombreux Africains, de soutenir des systèmes politiques entachés par ces mêmes dérives.

Ce décalage devient d’autant plus préoccupant lorsque des régimes, comme celui de Brazzaville, sont régulièrement cités pour leurs relations troubles avec des réseaux criminels, leurs rapprochements avec des organisations telles que le Hamas, le Hezbollah ou les Houthis du Yémen, ou encore pour des pratiques opaques comme la délivrance massive de passeports, contraires aux exigences de sécurité internationale. À cela s’ajoutent des affaires emblématiques, telles que celle du DC-10 Vol UT 772, dans laquelle le régime de Denis Sassou Nguesso est impliqué et qui continue de ternir la crédibilité de l’État congolais.

Dans un monde en recomposition rapide, la jeunesse africaine observe.
Elle compare. Elle juge. Et elle tranche.

Elle ne rejette ni la France, ni l’Europe, ni aucun partenaire historique.
Mais elle refuse les relations déséquilibrées, les soutiens à des régimes rejetés par leurs peuples, et les logiques d’un autre temps.

L’Afrique de demain ne se construira pas contre quelqu’un, mais avec ceux qui respectent sa souveraineté, sa jeunesse et ses aspirations profondes.
C’est à cette condition seulement que des partenariats durables, crédibles et mutuellement bénéfiques pourront être réinventés.

Le choix est désormais clairement posé : accompagner les peuples dans leurs aspirations légitimes ou continuer à soutenir des régimes en décalage avec les réalités contemporaines.

Pour le Congo, l’orientation est sans ambiguïté.
Le peuple congolais a exprimé sa volonté d’emprunter la voie de la Transition Politique Structurelle et Apaisée (ToPeSA) :
– fondée sur la restauration de l’État,
– le renforcement de l’unité nationale,
– et l’affirmation d’une souveraineté responsable et durable.

Modeste Boukadia
Président du CDRC – Une Nation Pour Tous
Le 10 janvier 2026

Laisser un commentaire