
Tribune – Géopolitique et avenir du Congo
Congo – Iran : quand certaines dictatures sont combattues et que d’autres sont tolérées
Alors que le monde condamne certains régimes autoritaires et mène des opérations internationales pour mettre fin à ceux qui oppriment leur peuple, une question se pose : pourquoi certaines situations comparables semblent-elles ignorées ailleurs ? Dans cette tribune, Modeste Boukadia analyse la situation de la République du Congo après plus de quatre décennies de pouvoir de Denis Sassou Nguesso et s’interroge sur l’après. À l’heure d’une recomposition géopolitique mondiale où l’Afrique devient un espace stratégique majeur, il appelle à une transformation politique profonde du Congo à travers ToPeSA, fondée sur la restauration de l’État, la vérité, la justice et l’indemnisation des victimes afin de reconstruire l’unité nationale. Service Presse CDRC.
Quand la communauté internationale combat certains régimes
Le régime des Mollahs en Iran est aujourd’hui dénoncé dans le monde pour sa brutalité et pour les violences infligées à son propre peuple.
Le président Donald Trump déclarait à propos de ce régime :
« Regardez ce qui va arriver à ces salauds dérangés aujourd’hui. Ils tuent des innocents depuis 47 ans, et maintenant moi, en tant que 47e président des États-Unis d’Amérique, je les combats. »
Cette déclaration illustre une réalité : dans le monde contemporain, les régimes accusés d’opprimer leur peuple sont de plus en plus dénoncés, isolés et sanctionnés par la communauté internationale.
L’histoire récente montre également une autre constante : le règne de ces régimes finit presque toujours par atteindre ses limites, lorsque la pression des peuples, les évolutions internes et les dynamiques internationales convergent.
Car, à long terme, aucun pouvoir ne peut durablement se maintenir contre son propre peuple et contre le cours de l’histoire.
Dans cette logique, les États-Unis ont lancé l’opération « Fureur épique », tandis que Israël conduit l’opération « Rugissements du Lion », avec l’objectif affiché de mettre fin à un régime accusé de tuer son peuple et de vouloir rayer Israël de la carte.
La question que pose la situation du Congo
Mais pour la République du Congo, une question se pose :
quelle différence réelle avec la situation que vivent les Congolais depuis des décennies ?
Sous le pouvoir de Denis Sassou Nguesso et du Parti congolais du travail, cela fait 42 ans que le peuple congolais subit la pauvreté, la peur et l’effondrement progressif de l’État. Le peuple est affamé pour mieux l’asservir et l’avilir.
Depuis quarante-deux ans :
- le peuple est appauvri malgré les immenses richesses naturelles du pays ;
- les libertés publiques sont fragilisées ;
- la jeunesse est souvent abandonnée à elle-même ;
- Les opposants sont jetés en prisons pour y être torturés ;
- la dignité humaine est trop souvent bafouée.
Et pendant les périodes électorales, un spectacle humiliant revient régulièrement :
2000 FCFA par-ci, 5000 FCFA par-là, distribués à un peuple appauvri pour lui demander de cautionner un maintien au pouvoir déjà décidé.
Mais cette distribution d’argent n’est pas seulement une opération de campagne.
Elle participe aussi à vider les caisses de l’État, en puisant dans des ressources publiques déjà fragilisées.
Autrement dit, derrière ces billets distribués dans les quartiers et les villages se profile une autre réalité : laisser à l’après-Denis Sassou Nguesso un Trésor public asséché.
Une manière de dire au peuple :
« Nous partons peut-être, mais nous vous laissons un pays sans moyens pour se reconstruire. »
L’histoire récente de la République du Congo rappelle malheureusement que ce type de logique n’est pas inédit.
En 1992, après avoir été battu à l’élection présidentielle par Pascal Lissouba, le pouvoir sortant de Denis Sassou Nguesso avait laissé derrière lui un symbole frappant : le saccage du Palais présidentiel de la Glacière, pourtant construit avec l’argent du peuple congolais, afin que son successeur ne puisse l’utiliser dans des conditions normales.
Aujourd’hui, certains observateurs estiment voir se reproduire une logique comparable, non plus sur un bâtiment symbolique, mais à travers la gestion des finances publiques.
Selon plusieurs sources diplomatiques présentes à Brazzaville, les dépenses actuelles et certaines pratiques de distribution de ressources contribueraient à affaiblir davantage le Trésor public, laissant à l’avenir du pays une situation financière particulièrement fragile.
Autrement dit, ce qui fut hier un symbole matériel pourrait aujourd’hui prendre la forme d’un héritage économique lourd, que devront assumer celles et ceux qui auront la responsabilité de reconstruire l’État.
C’est là tout le défi qui attendra la future transition en République du Congo :
rebâtir l’État, restaurer les finances publiques et redonner au pays les moyens de son développement.
La question des observateurs internationaux
On apprend, à travers les réseaux sociaux que des observateurs se seraient rendus au Congo pour observer ces élections.
Pour observer quoi ?
Pour cautionner quoi ?
Lorsque les conditions d’une compétition politique réellement libre et équitable ne sont pas réunies, la présence d’observateurs internationaux est souvent perçue par les populations comme une validation implicite du statu quo.
Dans un monde en pleine recomposition géopolitique, la cohérence entre les discours sur la démocratie et les pratiques diplomatiques devient pourtant un facteur essentiel de crédibilité internationale.
Car les peuples observent, comparent et tirent leurs propres conclusions.
Et après ?
Au-delà des débats du moment, une question fondamentale se pose déjà : celle de l’avenir de la République du Congo.
Les Congolaises et les Congolais doivent désormais préparer lucidement l’avenir et penser dès aujourd’hui à l’après-Denis Sassou Nguesso afin d’éviter que le pays ne sombre dans le désordre institutionnel ou l’effondrement économique.
Non pas dans un esprit de vengeance, mais dans une logique de responsabilité nationale, afin de préparer les conditions d’un État restauré, d’une nation réconciliée et d’un avenir partagé pour toutes les composantes du peuple congolais.
C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit la démarche ToPeSA qui vise à préparer une transition politique structurée, apaisée et tournée vers la reconstruction de l’État et de la Nation.
L’Afrique dans la nouvelle recomposition mondiale
Le monde est en train de se réorganiser.
De nouvelles dynamiques géopolitiques émergent, notamment autour de la vision stratégique portée par le mouvement Make America Great Again (MAGA).
Dans cette recomposition internationale, l’Afrique occupe une place stratégique majeure : celle d’un continent d’avenir, doté d’une jeunesse dynamique et représentant des centaines de millions de consommateurs.
Mais pour que l’Afrique prenne pleinement sa place dans ce monde nouveau, encore faut-il que ses États soient solides, légitimes et résolument tournés vers le développement.
C’est également le défi majeur auquel sont aujourd’hui confrontés les pays européens : tourner définitivement la page des politiques de soutien à des systèmes qui entravent les relations de confiance entre les peuples africains et les peuples européens.
L’heure est venue d’ouvrir une nouvelle ère de relations entre l’Europe et l’Afrique, fondée non plus sur des logiques de maintien du statu quo, mais sur la construction de véritables partenariats stratégiques, respectueux des aspirations démocratiques des peuples et orientés vers le développement mutuel.
Car l’avenir des relations entre l’Afrique et l’Europe ne peut plus se construire contre les peuples, mais avec eux et pour eux.
ToPeSA : restaurer l’État pour reconstruire la Nation
Pour le Congo, cela passe par une transformation politique profonde.
C’est dans cet esprit que s’inscrit ToPeSA — Transition Politique Structurelle Apaisée :
une voie pour restaurer l’État, réconcilier la Nation et ouvrir la voie au Congo nouveau.
Car la paix véritable ne peut pas être construite sur l’oubli des crimes ni sur la résignation des victimes et encore moins en affamant la population pour leur distribuer ensuite 2000 FCFA par-ci, 5000 FCFA par-là pour la maintenir en laisse.
Elle repose sur la vérité, la justice et la réparation.
C’est pourquoi, dès 1997, dans les dix points du programme de gouvernement du CDRC, j’avais déjà proposé un principe fondamental :
reconnaître les victimes innocentes des crises politiques et indemniser les familles pour refermer les blessures de la Nation.
Car un pays ne peut se reconstruire durablement que lorsque :
- la vérité est dite,
- la justice est rendue,
- les victimes sont reconnues et réparées.
C’est à cette condition seulement que la République du Congo pourra retrouver la paix, la dignité et l’unité nationale.
Car l’esprit de la République proclamée le 28 novembre 1958, portée par Fulbert Youlou, Jacques Opangault, Simon-Pierre Kikhounga-Ngot et Félix Tchicaya, reposait précisément sur un principe simple mais fondamental : faire du Congo une Nation où chaque citoyen, quelle que soit son origine, se sente pleinement chez lui.
Dans une République véritable, aucune ethnie ne doit vivre dans la peur d’une autre, et chaque Congolaise et chaque Congolais doit pouvoir circuler, vivre et construire son avenir sur toute la terre du Congo.
C’est ainsi, et seulement ainsi, que pourra se reconstruire le Congo uni, digne et réconcilié auquel aspire notre peuple.
ToPeSA : restaurer l’État, dire la vérité, rendre justice et rassembler la Nation.
Modeste Boukadia
Président du CDRC – Une Nation Pour Tous
Initiateur de ToPeSA
Le 14 mars 2026 – 00h22
