TRIBUNE : Changer de paradigme avec la désimmigration

Photo : ©NadineNagel

TRIBUNE | Changer de paradigme avec la désimmigration

Alors que l’exode massif des jeunes Africains vers l’Europe alimente peurs, drames et instrumentalisations politiques, une autre voie devient urgente : celle de la désimmigration. Non pas pour ériger des murs, mais pour bâtir des ponts sur le continent. Il ne s’agit plus de gérer les flux migratoires, mais de s’attaquer aux causes profondes du départ. La désimmigration propose un changement de paradigme : faire du droit de rester un pilier du développement, et de la jeunesse africaine, un moteur de souveraineté.


Objectif : #DÉSIMMIGRATION – pour un partenariat ambitieux, dynamique et respectueux au service du développement de l’Afrique. Voilà le vrai pragmatisme.

Il est temps de rompre avec les logiques fatalistes qui font de l’exil une fatalité pour des millions de jeunes Africains. La désimmigration n’est ni un repli, ni une négation du droit à la mobilité : c’est un projet politique, économique et humain qui vise à créer, sur le continent, les conditions d’une vie digne, libre et prospère.

Elle implique un changement de paradigme : un partenariat fondé non plus sur la charité, les aides conditionnées ou la peur de l’autre, mais sur la co-construction d’un avenir partagé. Un partenariat ambitieux qui investit dans l’éducation, l’innovation et la souveraineté productive ; un partenariat dynamique qui mise sur la jeunesse, les diasporas et l’économie circulaire ; un partenariat respectueux qui reconnaît les aspirations profondes des peuples africains et leur droit à choisir leur propre destin.

La désimmigration, c’est le refus de la résignation. C’est aussi le refus de détourner les yeux face à cette jeunesse sacrifiée, qui erre dans les banlieues et les quartiers parisiens, brisée par la marginalisation et les ravages de la drogue. C’est un appel au courage politique, à la lucidité stratégique, à la responsabilité partagée.
C’est, tout simplement, du pragmatisme.

Mais ce pragmatisme appelle des actes. Il engage les États africains à rompre avec les logiques rentières, à libérer l’énergie de leur jeunesse, à construire un cadre stable et équitable pour l’investissement et la créativité. Il engage aussi les partenaires internationaux à changer de regard, à dépasser les approches sécuritaires, à soutenir une dynamique endogène.

La désimmigration n’est pas un slogan : c’est un cap. Et c’est aux forces vives africaines de s’en emparer, d’en faire une stratégie, un levier, une promesse tenue.

Modeste Boukadia – Le 20 mai 2025

TRIBUNE | Changing the Paradigm with Desimmigration

Modeste Boukadia in Maryland (USA) in March 2018 during a meeting with Congolese residents in the USA. Photo: ©NadineNagel

TRIBUNE | Changing the Paradigm with Desimmigration

As the massive exodus of young Africans to Europe fuels fear, tragedy, and political manipulation, another path is urgently needed: that of desimmigration. Not to build walls, but to build bridges—on the continent. The point is no longer to manage migratory flows, but to address the root causes of departure. Desimmigration calls for a paradigm shift: making the right to stay a pillar of development, and African youth a driver of sovereignty.


Objective: #DESIMMIGRATION – for an ambitious, dynamic, and respectful partnership in service of Africa’s development. This is true pragmatism.

It is time to break away from the fatalistic logic that frames exile as the destiny of millions of young Africans. Desimmigration is neither isolationism nor a denial of the right to mobility: it is a political, economic, and human project aimed at building, on the continent, the conditions for a dignified, free, and prosperous life.

It calls for a shift in paradigm: a partnership no longer based on charity, conditional aid, or fear of the other, but on the co-construction of a shared future. An ambitious partnership that invests in education, innovation, and productive sovereignty; a dynamic partnership that empowers youth, mobilizes diasporas, and embraces the circular economy; a respectful partnership that recognizes the aspirations of African peoples and their right to determine their own future.

Desimmigration is a refusal to surrender. It is also a refusal to turn a blind eye to a sacrificed youth, drifting in the suburbs and housing projects of Paris, shattered by marginalization and the grip of drugs. It is a call for political courage, strategic clarity, and shared responsibility.
It is, quite simply, pragmatism.

But this pragmatism calls for action. It requires African states to break free from rentier logics, to unleash the energy of their youth, and to build a stable and equitable framework for investment and creativity. It also requires international partners to change their perspective, to move beyond security-driven approaches, and to support an endogenous dynamic.

Desimmigration is not a slogan: it is a direction. And it is up to Africa’s vital forces to claim it, turn it into a strategy, a lever, and a fulfilled promise.

Modeste Boukadia – May 20, 2025

OPINION | The Time for Dialogue Is Over: A Call for Political Transition in Congo

As Congo-Brazzaville faces a prolonged political and social crisis, Modeste Boukadia, President of the Circle of Democrats and Republicans of Congo (CDRC), reflects on the many proposals he has made over the years to initiate inclusive dialogue and prevent national disintegration—proposals that have consistently been dismissed. In this piece, he asserts that the time for dialogue has passed, and that only a genuine political transition can restore national unity and rebuild healthy, respectful, and dynamic relations with international partners. (CDRC Press Service)


OPINION | The Time for Dialogue Is Over: A Call for Political Transition in Congo
By Modeste Boukadia

HISTORY IS OUR COMPASS

When Laurent-Désiré Kabila suggested that Marshal Mobutu Sese Seko step down to avoid national collapse, Mobutu responded with scorn: “That’s a bad joke!” History remembers what followed — and it has rendered its verdict.

For years, in the face of worsening political decay and the suffering of the Congolese people, I have made repeated efforts to propose peaceful, constructive pathways out of the crisis. I have called for an International Conference, advocated for an inclusive Round Table, offered the hand of dialogue, and supported the idea of a Historic Political Compromise. I even suggested a “Marcoussis for Congo-Brazzaville,” inspired by the peace talks that helped Côte-d’Ivoire emerge from conflict.

All of these initiatives were systematically rejected by the ruling regime, entrenched in Oyo and dominated by the PCT, a regime clinging to power under the illusion of unconditional foreign backing. This delusion was summed up by a troubling statement attributed to Denis Sassou Nguesso:
“France cannot remove me, because everything I do is at France’s request.”

Today, as whispers of a new “dialogue” circulate once more in Paris, let us be clear and resolute:
The time for dialogue is over.

Congo no longer needs empty talk. It needs truth, courage, and a bold new course.
Now is the time to take historical responsibility, to learn from past mistakes, and to decisively initiate a political transition.

A real transition that will restore popular sovereignty, implement genuine decentralization, and encourage our youth to return and rebuild through a bold reverse migration policy.

Above all, this transition is necessary to redefine our international relations — with ambition, respect, and mutual dignity. We must move beyond clientelist arrangements toward partnerships that are ambitious, dynamic, respectful, and healthy, rooted in shared values and a common vision for the future.

History is watching us. And it will not forget.

Modeste Boukadia
President of the Circle of Democrats and Republicans of Congo (CDRC)
May 17, 2025

TRIBUNE | Le temps du dialogue est révolu : place à la transition politique

Alors que le Congo-Brazzaville traverse une crise politique prolongée, Modeste Boukadia, président du Cercle des Démocrates et Républicains du Congo (CDRC), revient sur les multiples appels au dialogue qu’il a lancés au fil des années — tous restés lettre morte. Face à l’enlisement, il estime que le temps n’est plus aux discussions stériles, mais à une transition politique en profondeur. Une transition qui permettrait non seulement de restaurer l’unité nationale, mais aussi de rebâtir des relations équilibrées et respectueuses avec les partenaires internationaux. (Service Presse du CDRC)

TRIBUNE | Le temps du dialogue est révolu : place à la transition politique

Par Modeste Boukadia

L’Histoire est notre repère.
Lorsque Laurent-Désiré Kabila proposa au Maréchal Mobutu Sese Seko de quitter le pouvoir pour éviter le chaos, ce dernier répondit avec mépris : « C’est une plaisanterie de mauvais goût ! » Nous connaissons la suite. L’Histoire, souveraine, a tranché.

Depuis de nombreuses années, face à la dérive autoritaire et à la détresse du peuple congolais, j’ai multiplié les propositions de sortie de crise. Toutes, sans exception, ont été fondées sur l’idée que seule une solution politique, négociée et inclusive, pouvait éviter le pire. J’ai successivement appelé à une Conférence internationale, proposé une Table ronde, tendu la main du dialogue, défendu l’idée d’un Compromis politique historique. J’ai même suggéré, à l’image de ce qui s’était fait en Côte-d’Ivoire avec le dialogue de Marcoussis, qu’un processus similaire soit envisagé pour le Congo-Brazzaville.

Mais toutes ces initiatives ont été rejetées avec mépris par le régime du PCT, campé à Oyo, arc-bouté sur ses privilèges, et convaincu d’une impunité garantie par un soutien étranger, comme en témoigne cette déclaration pour le moins troublante de Denis Sassou Nguesso : « La France ne peut pas me chasser, car ce que je fais, c’est la France qui me le demande. »

Aujourd’hui, alors que certains évoquent encore à Paris la possibilité d’un « dialogue », nous répondons avec responsabilité et fermeté : Le temps du dialogue est révolu.

Le Congo n’a plus besoin de simulacres. Il a besoin de vérité, de courage et d’un cap nouveau.
Le moment est venu d’assumer les responsabilités historiques, de tirer les leçons des erreurs passées et d’engager résolument une transition politique.
Une transition véritable qui permettra de restaurer la souveraineté du peuple, de mettre en place une gouvernance décentralisée, et de favoriser le retour de notre jeunesse par une politique ambitieuse de désimmigration.

Mais surtout, cette transition est nécessaire pour refonder nos relations internationales : des relations ambitieuses, dynamiques, respectueuses et saines avec nos partenaires, fondées non plus sur la complaisance mais sur une vision partagée de l’avenir, du développement durable et de la dignité des peuples.

L’Histoire nous regarde. Et elle n’oubliera rien.

Modeste Boukadia
Président du Cercle des Démocrates et Républicains du Congo (CDRC)
Le 17 mai 2025

L’AXE BRAZZAVILLE – RDC : UN ÉQUILIBRE STRATÉGIQUE POUR L’AFRIQUE CENTRALE

Modeste Boukadia à Maryland au cours d’une réunion avec les Congolais résidant aux États-Unis d’Amérique. Photo : ©NadineNagel

L’AXE BRAZZAVILLE – RDC : UN ÉQUILIBRE STRATÉGIQUE POUR L’AFRIQUE CENTRALE

Alors que la République démocratique du Congo s’affirme comme un partenaire stratégique des États-Unis dans la nouvelle architecture géopolitique mondiale, le Congo-Brazzaville s’enfonce dans l’isolement et les dérives autoritaires. Pourtant, l’histoire, la culture et les intérêts communs lient étroitement les deux rives du fleuve Congo. Face aux urgences sécuritaires, économiques et sociales de la région, un axe politique fort Brazzaville–Kinshasa est plus que jamais nécessaire pour garantir la stabilité de l’Afrique centrale. Mais cela suppose une alternance politique à Brazzaville fondée sur l’union nationale, la désimmigration et la décentralisation.

La stabilité d’un pays est toujours le reflet de son histoire. Et celle du bassin du Congo, espace stratégique de l’Afrique centrale, est intimement liée aux trajectoires parallèles des premiers dirigeants de la République du Congo et de la République Démocratique du Congo : Fulbert Youlou, Joseph Kasa-Vubu, et Moïse Tshombé. Leur vision a marqué un temps où les relations entre Brazzaville et Kinshasa reposaient sur une proximité culturelle, politique et historique évidente – des racines communes issues du même Royaume, dont Kinshasa fut un centre d’influence.

Aujourd’hui, il est impératif que les autorités de la RDC, ainsi que les futures autorités du Congo-Brazzaville, réengagent un dialogue diplomatique ambitieux, sincère et structurant, pour donner un nouveau souffle à cette relation naturelle. Une relation de premier plan, fondée sur une vision commune de la stabilité régionale.

Dans ma tribune du 12 mai 2025 intitulée « Donald Trump et l’Afrique : quelle relation ? », je soulignais, en réaction à l’article d’Aurélie M’Bida dans Jeune Afrique, que la décision de Donald Trump de suspendre la contribution américaine au Fonds africain de développement pouvait constituer un électrochoc salutaire. L’Afrique ne peut plus se contenter d’un rôle passif. Elle doit s’affirmer comme un partenaire stratégique à part entière dans les dynamiques géopolitiques contemporaines.

C’est dans cette optique que doit s’inscrire la dynamique de paix naissante entre la RDC et le Rwanda. Malheureusement, le régime de Denis Sassou Nguesso à Brazzaville a manqué ce tournant historique en concluant un accord opaque avec Kigali, allant jusqu’à accueillir à Oyo un prétendu QG dont l’objectif officieux était de déstabiliser Kinshasa. Cette manœuvre, vouée à l’échec, a isolé Brazzaville sur la scène régionale et internationale. Il est désormais clair que la RDC est devenue un partenaire stratégique pour les États-Unis – ce qui repositionne l’échiquier diplomatique régional.

J’avais pourtant, dans l’émission Droit de savoir de R7 du 24 avril 2025, alerté le Général Guy Blanchard Okoï, chef d’état-major, sur l’incohérence d’une telle démarche. Comment envisager la stabilité de l’Afrique centrale lorsque deux pays frères, liés par tant d’héritages communs, adoptent des orientations antagonistes ?

Au Congo-Brazzaville, la dérive autoritaire du régime d’Oyo, les détournements de fonds publics, les mariages fastueux célébrés à l’étranger au mépris du sort des populations, traduisent une faillite politique. Le pays est aujourd’hui exsangue, du Nord au Sud. Des propos aussi graves que ceux de Jean-Dominique Okemba sur la destruction du Pool, ou ceux de Denis Sassou Nguesso appelant à « diversifier et diluer » la population du Pool avec des Rwandais en raison d’un supposé « manque de mélange« , sont non seulement inacceptables, mais symptomatiques d’une pensée ethno-nationaliste destructrice.

À cela s’ajoutent ses aveux cyniques, tels que : « La France ne peut pas me chasser car ce que je fais, c’est la France qui me le demande » ou ceux de son conseiller sur LCI en 2005 « On pouvait s’en sortir avec au moins 2000 morts », qui mettent Paris dans une position de plus en plus inconfortable. Il est entendu que ni la France, ni les États-Unis ne souhaitent s’engager dans une mascarade électorale en 2026, malgré les manœuvres de figures du régime comme Isidore Mvouba, tentant de donner une légitimité de façade à une entreprise de démolition nationale.

Des sources fiables confirment que les capitales occidentales ont réitéré leur proposition faite à Denis Sassou Nguesso, notamment lors des cérémonies de la résurrection de Notre-Dame de Paris : une sortie négociée reste possible. La question se pose désormais : après les échecs successifs de la Conférence internationale, de la Main tendue, de la Table ronde, du Compromis politique historique – est-il encore temps pour un DIALOGUE ?

Je reste convaincu que toute solution durable passe par une transition politique. Les dignitaires du régime doivent être rassurés sur leur avenir, dans un cadre de négociation digne. La politique est l’art du compromis lorsqu’il permet d’éviter le chaos. Les officiers supérieurs, leurs troupes et les forces de sécurité doivent comprendre qu’il y a un moment pour choisir le peuple. Ce moment est venu.

L’alternance politique au Congo-Brazzaville est désormais une exigence. Elle constitue le socle indispensable à la reconstruction de l’axe stratégique Brazzaville–Kinshasa, dont dépend largement la stabilité de l’Afrique centrale.

Cette alternance doit reposer sur trois piliers non négociables :

  1. L’union nationale, seule capable de dépasser les clivages ethniques et régionaux artificiellement entretenus par le régime.
  2. La désimmigration, afin d’offrir à la jeunesse les conditions d’un avenir digne sur sa propre terre.
  3. La décentralisation, pour que chaque région puisse accéder à un développement équitable sous la responsabilité de gouverneurs élus, redevables devant le peuple.

C’est à partir de cette refondation que pourra émerger une stabilité durable, dans la nouvelle dynamique impulsée par les États-Unis et le Président Donald Trump. Le temps presse. L’histoire jugera ceux qui ont choisi d’agir – et ceux qui ont préféré trahir le peuple.

Modeste BoukadiaLe 15 mai 2025 – 14:09

Donald Trump et l’Afrique : quelle relation ?

Chahutée par la décision de Donald Trump de couper les vivres à la Banque africaine de développement, l’Afrique semble une nouvelle fois secouée par un choix unilatéral venu de Washington. Mais cette rupture n’est-elle pas, au fond, une chance ? Une occasion historique pour les États africains de sortir de la logique d’assistanat, de reprendre en main leur destin et d’assumer enfin leur souveraineté économique et politique ?

TRIBUNE – Donald Trump et l’Afrique : le choc salutaire
Par Modeste Boukadia – 12 mai 2025 – 18:18

La récente décision de l’administration Trump de supprimer la contribution américaine au Fonds africain de développement (FAD), bras concessionnel de la Banque africaine de développement (BAD), a été largement perçue comme un revers pour l’Afrique. Selon Jeune Afrique, ce retrait représente un manque à gagner de plus de 500 millions de dollars. À quelques jours de l’assemblée annuelle de la BAD à Abidjan, cette annonce est décrite comme un « coup dur » pour le continent.

Mais faut-il réellement pleurer ce désengagement ? Ou faut-il plutôt y voir une opportunité de rupture avec une dépendance devenue structurelle ?

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump bouscule les équilibres établis en Afrique. Déjà, il s’était interrogé sur le rôle de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale), estimant qu’elle servait davantage à entretenir une élite politique que sa mission première de réduction de la pauvreté. L’Afrique centrale, l’une des régions les plus riches en ressources naturelles — coltan, niobium, tantale, deuxième massif forestier mondial, deuxième plus grand fleuve du monde —, demeure pourtant l’une des plus pauvres de la planète. Ce paradoxe, qui ne semble plus choquer personne en Afrique, avait conduit Trump à suggérer la fermeture pure et simple de la BEAC, pour provoquer un électrochoc chez des dirigeants englués dans une politique de mendicité chronique.

La suppression de la contribution américaine à la BAD s’inscrit dans cette même logique. Elle n’est pas un abandon. Elle est une interpellation. Et, paradoxalement, elle peut devenir une chance. Une chance de réveil.

Car il faut bien avoir le courage de poser la question : à quoi ont servi toutes ces aides ? À renforcer les services publics ? À garantir l’éducation et la santé ? Non. Trop souvent, elles ont alimenté la corruption, consolidé des régimes autoritaires et servi à accumuler des biens mal acquis, souvent abrités dans les pays donateurs eux-mêmes.

En réalité, la relation entre aide internationale et régression politique est manifeste. Les élites africaines, promptes à dénoncer l’héritage du colonialisme et les crimes de l’esclavage, sont les mêmes qui quémandent auprès de ceux qu’ils accusent d’esclavagistes et de colonisateurs les moyens de leur propre maintien au pouvoir. La contradiction est abyssale. Ils haïssent les anciens dieux pour jubiler devant de nouveaux dieux !

Il est temps de sortir de cette relation incestueuse. Il est temps que les dirigeants africains assument leur responsabilité dans les échecs et à la nouvelle génération africaine de proposer une vision ambitieuse, bâtir un partenariat dynamique avec les puissances internationales, et utiliser les ressources du continent pour répondre aux besoins de leur peuple.

Comment comprendre que l’Afrique centrale ne puisse pas satisfaire les besoins élémentaires de ses populations alors qu’elle possède des richesses naturelles essentielles à l’économie numérique mondiale ? Le drame de l’Afrique, ce n’est pas l’absence d’aides ; c’est l’absence de volonté stratégique, d’audace politique, de leadership éclairé.

En ce sens, Donald Trump donne un coup de pied dans la fourmilière. Il rappelle, brutalement mais lucidement, que l’avenir de l’Afrique dépend d’abord des Africains eux-mêmes. À nous de saisir cette opportunité pour sortir de la dépendance et devenir des acteurs à part entière de la nouvelle économie mondiale. L’Afrique ne doit pas se contenter d’être un réfrigérateur ou un terrain de jeu ; elle doit en devenir un joueur majeur et un partenaire sur lequel il faut compter.

Pour le Congo, comme je le disais à Washington : « It’s Time To Make Congo-Brazzaville Great ». Pour l’Afrique centrale, il est temps de reconstruire une zone économique stable, juste, crédible — à l’image de l’esprit initial de l’UDEAC — capable de transformer nos ressources en prospérité partagée et en paix durable.

Et pour cela, la diaspora a un rôle essentiel à jouer. Elle doit dépasser les illusions de l’immigration subie pour s’engager dans une démarche volontaire de désimmigration, c’est-à-dire de retour stratégique vers la terre des origines, pour y bâtir une Afrique forte, indépendante, et fière.

Car oui, #AfricanLivesMatter — les vies africaines comptent. Il est temps que cela se traduise dans les actes, et non plus dans les slogans.

Sassou Nguesso : un chantage à la France révélateur d’un pouvoir affaibli et contesté

Cours d’histoire de Denis Sassou Nguesso au Kremlin – le 9 mai 2025

Sassou Nguesso : un chantage à la France révélateur d’un pouvoir affaibli et contesté

9 mai 2025 – Le Kremlin : un rappel historique ou un message déguisé à la France ?

J’ai bel et bien suivi très attentivement le message du président Denis Sassou Nguesso à Vladimir Poutine lors de la cérémonie de commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce 9 mai 2025 au Kremlin. Derrière ce discours à tonalité historique, c’est un signal diplomatique fort et codé adressé à la France qui a été transmis — à un moment où les tensions internationales ne sont plus uniquement verbales, mais stratégiques.

Sassou a rappelé que lors du second conflit mondial, la France n’avait plus de territoire libre, étant entièrement sous contrôle du régime de Vichy. C’est alors que le général de Gaulle a fait de Brazzaville la capitale de la France libre, depuis laquelle il a coordonné la mobilisation des colonies françaises. Le Congo, comme d’autres territoires africains, a joué un rôle déterminant, non seulement sur le plan militaire, mais aussi économique, en fournissant du caoutchouc, de l’or et des ressources vitales à une France à genoux.

Il a également évoqué la contribution majeure de l’Union soviétique, saluant les plus de 20 millions de morts subies par l’URSS et rappelant que c’est l’Armée rouge qui a été la première à hisser son drapeau à Berlin.

Mais au-delà de cette leçon d’histoire, le discours de Sassou était une manœuvre diplomatique claire, une forme de chantage déguisé aux dirigeants français. Il a explicitement accusé certaines “élites de lumière” françaises d’avoir consciemment effacé la participation des troupes africaines dans les cérémonies de commémoration sur les Champs-Élysées, y compris celles liées à la libération de la France. Ce reproche, formulé depuis le Kremlin, sonne comme une menace politique en pleine crise diplomatique mondiale entre la Russie et les pays occidentaux, en particulier la France.

Ceux qui ont conseillé cette stratégie à Denis Sassou Nguesso pensaient l’extraire de son isolement diplomatique ; ils n’ont fait que révéler la fragilité d’un régime déjà affaibli et l’ont précipité dans une impasse dangereuse. Leur erreur stratégique traduit une incompétence politique flagrante : croire qu’une posture de défiance internationale pourrait restaurer la légitimité d’un pouvoir délégitimé.

Plusieurs dirigeants africains soutenus par la France dans le passé ont tenté cette dangereuse stratégie du “partenaire alternatif”, et s’y sont perdus. Aujourd’hui, la France redéfinit ses alliances, évalue ses intérêts autrement, et se rapproche davantage de figures nouvelles, plus crédibles et populaires.

En voulant se positionner comme le défenseur de la mémoire africaine face à l’ingratitude française, Sassou a certes réveillé une vérité historique — mais le moment, le lieu et l’intention stratégique trahissent surtout une tentative désespérée de rester dans la lumière d’un vieux protectorat en pleine mutation.

Et dans cette mutation géopolitique, la diplomatie du chantage ne fera que précipiter l’isolement de ceux qui n’ont pas su écouter les signaux du présent.

Tom Melvin BAIKILe 09 mai 2025 – 13:25

Décoloniser les esprits : la première étape vers l’indépendance

Décoloniser les esprits : la première étape vers l’indépendance
Par Tom Melvin BAIKI – Le 09 mai 2025 – 12:17

Je discutais avec un compatriote à propos d’un article, et il a fait cette remarque : “Apprenons aux Congolais… la réelle indépendance, c’est le travail. Lorsqu’on a le pouvoir d’achat, on est libre.

Je lui ai répondu ceci : “Tu as raison de souligner l’importance du travail, mais il faut aller plus loin. »

Un mental formaté à la servitude ne peut être véritablement libéré par le travail seul, surtout si ce travail n’est ni choisi librement, ni soutenu par une véritable autonomie. Le pouvoir d’achat, sans conscience ni indépendance d’esprit, n’est qu’une illusion de liberté.

Le peuple congolais, dans sa majorité, reste encore politiquement et mentalement immature, au point de devenir parfois un esclave volontaire.

Comment peux-tu demander à un esclave de lancer son propre champ, même s’il est fort et travailleur, s’il ne s’est jamais libéré dans sa tête ?

Un esclave qui n’a pas été libéré intérieurement cherchera toujours un nouveau maître. Pire encore, il verra dans la rupture avec l’ancien maître une trahison, alors qu’il s’agit en réalité d’un droit fondamental : celui à la dignité et à la liberté.

La véritable indépendance commence par la décolonisation mentale. Sans elle, le travail devient simplement une autre forme d’enchaînement.

Tom Melvin BAIKI – Le 09 mai 2025 – 12:17

Je n’ai pas fui, j’ai reculé

Je n’ai pas fui, j’ai reculé

Un regard lucide sur le régime de Denis Sassou Nguesso et l’urgence de changer notre perception collective

Je n’ai pas fui, j’ai reculé.” Cette phrase n’est pas un aveu de faiblesse, mais une déclaration de stratégie. Car reculer face à un oppresseur, ce n’est pas capituler. C’est observer, réfléchir, et se préparer à mieux avancer.

Depuis plus de trois décennies, Denis Sassou Nguesso règne sur le Congo-Brazzaville avec une main de fer, orchestrant un système où la souffrance du peuple est institutionnalisée pendant qu’une minorité s’enrichit sans vergogne. Ce régime, qui se présente comme garant de la justice, de la liberté et de la paix, est en réalité le reflet d’un pouvoir qui a redéfini ces mots pour servir ses intérêts.

Mais ouvrons les yeux : ce qu’ils appellent justice n’est que la protection de leurs privilèges. Ce qu’ils nomment liberté, c’est le droit de se taire. Et leur paix, c’est l’étouffement des voix dissidentes.

Les Congolais, comme beaucoup d’Africains, ont été conditionnés à accepter les discours au lieu des réalités. À croire que l’ordre vient d’en haut et que contester est synonyme de trahison. Mais quand un président laisse son pays être pillé, quand la misère devient la norme, quand le peuple est condamné à la survie pendant que la famille présidentielle vit dans l’opulence, ce n’est plus de la gouvernance : c’est une colonisation intérieure.

Il est immoral de rester silencieux. Il est dangereux de croire que “ça finira par changer” sans que le peuple ne décide de rompre le silence.

Et surtout, il est important de savoir que malgré tant de décennies d’oppression, l’oppressé connaît très bien son oppresseur. Mais l’oppresseur, lui, est captif de son propre mensonge. Il a dû se convaincre de sa légitimité pour justifier ses actes, au point qu’il ne se connaît plus lui-même. Voilà l’avantage que nous, le peuple, avons sur ceux qui nous oppressent : la lucidité.

Nous savons. Ils se mentent.

Il faut cesser d’appeler stabilité ce qui n’est qu’immobilisme, cesser d’appeler leadership ce qui n’est que manipulation.

Sassou Nguesso n’est pas un cas isolé. Il est le miroir d’un système plus vaste, enraciné dans les mentalités africaines déformées par des décennies d’oppression. Tant que nous continuerons à glorifier le pouvoir au lieu de le contrôler, à respecter le poste plus que l’intégrité de celui qui l’occupe, nous resterons prisonniers d’un cercle sans fin.

Ce texte n’est pas une déclaration de guerre. C’est un appel à l’éveil.

Je n’ai pas fui, j’ai reculé.

Pour comprendre. Pour ouvrir les yeux. Pour mieux parler, mieux dénoncer, mieux résister.

L’Afrique, et le Congo en particulier, a besoin d’une génération qui ne se laisse plus séduire par les discours, mais qui lit la vérité dans les actes.

Pas demain. Maintenant.

Tom Melvin BAIKILe 08 mai 2025 – 00:40

L’Afrique doit se déterminer pour faire entendre sa voix

Alors que les grandes puissances redessinent la carte géopolitique mondiale autour des ressources africaines, le continent ne peut plus rester spectateur. Face à la guerre d’influence entre la Chine et les États-Unis, l’Afrique doit s’affirmer, définir ses propres priorités et valoriser ses atouts. Modeste Boukadia, président du CDRC, appelle à une prise de conscience collective, à une gouvernance responsable et à la mobilisation de toutes les forces africaines, y compris de la diaspora, pour transformer l’Afrique en acteur stratégique et souverain du XXIe siècle.

L’Afrique doit se déterminer pour faire entendre sa voix
par Modeste Boukadia

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, portée par le slogan « Make America Great Again », a révélé au monde une volonté assumée de redéfinir les rapports de force mondiaux en plaçant les intérêts américains au cœur de la stratégie globale. Ce retour aux fondamentaux de puissance a eu des répercussions majeures sur la géopolitique africaine.

Déjà en 2018, lors de mon déplacement aux États-Unis, j’ai été interpellé par des membres du Congrès sur les faiblesses structurelles du continent africain, perçu comme un partenaire encore trop passif sur la scène économique internationale. Ma réponse fut sans détour : « L’Afrique est le partenaire de demain. Mais si nous n’y prenons pas garde, bientôt tous les pays africains porteront le drapeau chinois ». Cette alerte, reprise dans la presse américaine (Washington Times, mars 2018), visait à rappeler une vérité dérangeante : en l’absence d’une vision stratégique africaine, d’autres puissances imposeront la leur.

La Chine a mis en œuvre une politique méthodique : celle du Triangle d’Or, qui consiste à contrôler les chaînes économiques mondiales à partir des ressources africaines. Le mécanisme est connu : prêts avantageux aux régimes autoritaires en échange d’un accès direct aux matières premières. Cette stratégie n’est pas sans conséquences : intensification des conflits armés pour le contrôle des minerais, endettement asphyxiant des États, destruction de la biodiversité, notamment dans le Golfe de Guinée où des pratiques de pêche extrêmes anéantissent les écosystèmes marins.

Pendant longtemps, l’Afrique francophone a été considérée comme le précarré de la France. Mais à force de soutenir des régimes déconnectés de leurs peuples et peu soucieux des droits fondamentaux, Paris a perdu la confiance d’une jeunesse africaine de plus en plus exigeante. Le rejet s’est transformé en défiance, et la défiance en basculement géopolitique.

Face à cette nouvelle donne, les États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, ont décidé de reprendre pied là où la Chine impose sa loi : en Afrique, notamment en République Démocratique du Congo et au Congo-Brazzaville. Car ces territoires recèlent ce que le monde s’arrache : les terres rares, indispensables à l’économie numérique et à la transition énergétique mondiale.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre les efforts diplomatiques entrepris par le président Trump pour apaiser les tensions entre la RDC et le Rwanda. Derrière ces tensions, ce sont les gisements de coltan, tantale, niobium, libidium qui attisent les convoitises. Des conflits encouragés – ou exploités – par certains régimes voisins, parfois dans une logique inavouée de domination ethnique ou de répression politique, comme l’ont montré des déclarations internes rapportées au sein du PCT à Brazzaville.

Lors d’un échange à Paris, en marge de la cérémonie de la résurrection de Notre-Dame, le président Trump aurait exprimé son étonnement au président Denis Sassou Nguesso, en ces termes : « Pourquoi y a-t-il autant de morts dans votre pays ? Il faut rassembler les leaders politiques pour dialoguer sans cris ni violence et voir comment gouverner au mieux votre pays… » Cette interpellation révèle une exigence nouvelle : celle d’une responsabilité politique des dirigeants africains dans la gestion de leurs peuples et de leurs richesses.

Cette même exigence s’est traduite dans une déclaration publique à une journaliste angolaise : « Nous avons d’excellentes nouvelles à venir concernant le Rwanda et le Congo. Je pense que la paix va s’installer dans ces pays et dans d’autres aux alentours. » En réalité, la paix est devenue un impératif stratégique, condition sine qua non d’un partenariat gagnant-gagnant avec les grandes puissances. Mais cette paix, si elle est négociée sans les peuples concernés – notamment les propriétaires terriens de l’Est du Congo – risque de ne pas durer. Une paix imposée sans justice est une paix fragile.

Ce constat impose une rupture. L’Afrique ne peut plus se contenter d’être le théâtre passif des stratégies étrangères. Elle doit être actrice de son destin, moteur de sa stabilité, architecte de ses choix. Cela passe par une parole forte, claire, responsable. Et cette parole ne peut venir que d’une jeunesse consciente, mobilisée, formée, qu’elle vive sur le continent ou dans la diaspora.

Cette dynamique de réappropriation du destin africain ne saurait être menée sans la contribution décisive de la diaspora. Trop longtemps perçue comme une fuite des cerveaux, l’émigration africaine peut aujourd’hui devenir une désimmigration volontaire et constructive. Par ce terme, il s’agit non pas d’un simple retour physique, mais d’un retour d’expertise, d’investissement, de savoir-faire, de réseaux et de vision stratégique. Les Africains formés en Occident ou ailleurs dans le monde possèdent des compétences précieuses dans les domaines clés : éducation, santé, infrastructures, technologies, gouvernance, économie numérique. Il est temps de canaliser cette énergie, non pas comme une force dispersée, mais comme un véritable levier de transformation. L’Afrique de demain se construira avec ceux qui sont restés, mais aussi avec ceux qui, ayant appris ailleurs, choisissent de revenir ou de contribuer autrement, pour bâtir un avenir commun.

Aujourd’hui, plus que jamais, la voix de l’Afrique doit se faire entendre, non pas en opposition aux autres puissances, mais en affirmation de ses propres intérêts, de sa dignité et de son potentiel. Oui, #AfricanLivesMatter. Les vies africaines comptent. Leur avenir ne doit plus être négocié sans elles.

Et pour le Congo, l’heure est venue de retrouver son rang. « It’s Time To Make Congo-Brazzaville Great » (Daily Caller, mars 2018) : il est temps de bâtir un État juste, stable, respecté, qui transforme ses ressources en prospérité partagée et en paix durable.

Modeste Boukadia
Le 07 mai 2025