France–Congo : un accord judiciaire pour la justice… ou pour l’impunité ?

France–Congo : un accord judiciaire pour la justice… ou pour l’impunité ?
Par Modeste Boukadia – 30 avril 2025

Le président Denis Sassou Nguesso du Congo est attendu à Paris les 23 et 24 mai prochains pour une visite officielle au cours de laquelle il devrait signer avec les autorités françaises un accord bilatéral de coopération judiciaire*. Une initiative qui, en apparence, s’inscrit dans une volonté de renforcer les mécanismes de justice entre les deux pays. Mais à y regarder de plus près, les signaux sont troublants.

Depuis deux décennies, les affaires dites des Biens Mal Acquis ont révélé une architecture bien rôdée d’enrichissement illicite par certains dignitaires africains — avec, parfois, la complaisance de structures en France. Les allers-retours entre Brazzaville et Paris de figures impliquées dans des détournements présumés de fonds publics n’ont rien d’anecdotique : lorsqu’ils sont visés par la justice congolaise, ils trouvent refuge en France ; quand c’est la justice française qui les rattrape, ils se replient… au Congo.

Dernièrement, plusieurs scandales financiers ont émergé sur les réseaux sociaux, mettant en cause de hauts responsables congolais. Plutôt que de faire face à la justice, beaucoup d’entre eux ont quitté le pays sans entrave, certains à bord de vols commerciaux à destination de la capitale française. Une fois à Paris, ces personnalités continuent à mener grand train dans l’indifférence générale, loin des salles d’audience.

Dans le même temps, à Brazzaville, on assiste à une série de décisions troublantes : la levée de mandats d’amener, la libération de proches du pouvoir, l’abandon progressif de poursuites contre des figures centrales de ces affaires. La justice semble ici instrumentalisée, non pour protéger l’intérêt général, mais pour garantir la protection de ceux qui gravitent autour du cercle présidentiel.

Dès lors, une question s’impose : cet accord judiciaire franco-congolais est-il destiné à renforcer la coopération entre deux systèmes judiciaires autonomes, ou à consolider un mécanisme d’impunité transnationale ? Le risque est grand qu’il ne serve qu’à verrouiller un pacte silencieux, dans lequel ni Paris ni Brazzaville n’a intérêt à voir les enquêtes aboutir.

Il revient à la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et signataire de conventions internationales anticorruption, de clarifier sa position. Coopérer avec un État, oui — mais pas au détriment des principes de justice, de transparence et de respect des peuples. Car signer un accord judiciaire sans garantie d’indépendance réelle des procédures, c’est, de fait, légitimer l’impunité.

Pour les citoyens congolais comme pour les partenaires internationaux attachés à l’État de droit, la question est cruciale : veut-on une justice au service des peuples ou une justice aux ordres des puissants ?

* Selon Africa Intelligence1

APPEL AUX CONGOLAIS POUR LE CHANGEMENT

APPEL AUX CONGOLAIS POUR LE CHANGEMENT

Mes chers frères et sœurs, chers compatriotes,

Nous connaissons tous la situation critique dans laquelle se trouve notre beau pays, le Congo. Pour qu’il retrouve sa souveraineté, sa dignité et l’unité de son peuple, j’ai proposé à plusieurs reprises des voies de sortie : la Conférence internationale, la Table ronde, la Main tendue, ou encore le Compromis politique historique. Ces initiatives ont été systématiquement rejetées d’un revers de main par le régime en place, convaincu qu’il pouvait indéfiniment décider de nos destinées.

Mais aujourd’hui, l’heure du changement a sonné. Et ce changement ne viendra pas d’en haut. Il viendra du peuple. Il viendra de vous. Il viendra de notre jeunesse, lucide, exigeante, courageuse. Une jeunesse qui ne veut plus subir, mais construire. Une jeunesse qui veut tourner la page des compromissions et écrire une nouvelle histoire pour notre pays et pour l’Afrique.

C’est cette ambition que je porte à travers le projet de la désimmigration : non pas un simple retour au pays, mais une dynamique profonde de réintégration des intelligences, des talents, et des énergies au service d’un développement souverain, moderne et partagé.

Mais pour avancer ensemble, il faut regarder les faits avec lucidité, sans caricatures, sans procès d’intention. Il nous faut construire. Et pour cela, nous devons sortir des jugements faciles et des divisions stériles.

Certains peuvent s’interroger sur mon parcours, sur mes engagements, sur ma présence hors du Congo. Et cette interrogation est légitime. Mais depuis des décennies, j’ai dénoncé, avec constance, les liaisons malsaines entre la France et l’Afrique, et particulièrement entre la France et le Congo. J’ai combattu les dérives autoritaires et les systèmes verrouillés qui étouffent nos peuples. Et je l’ai fait au prix fort : la prison, l’exil. Mais je n’ai jamais renoncé. J’ai résisté, comme d’autres l’ont fait, souvent dans le silence, parfois dans l’ombre, mais toujours avec fidélité à mes convictions et à mon pays.

Aujourd’hui, je vous invite à dépasser les fantasmes, à dépasser les étiquettes. Ce ne sont ni les appartenances, ni les titres, ni les rumeurs qui définissent un homme. Ce sont les actes qu’il pose, la vision qu’il incarne et les intérêts qu’il défend. Et l’intérêt qui doit tous nous guider, c’est celui du Congo, et au-delà, de notre continent.

Oui, nous devons reconstruire. Mais reconstruire sans haine, sans esprit de vengeance. Dans la dignité. Nous ne devons pas ressembler à ceux qui ont trahi. Nous devons être meilleurs. Nous devons être les bâtisseurs d’un monde nouveau, en dialogue avec les États-Unis, l’Europe de l’Est, la France, l’Union Européenne, la Chine, la Russie, le Moyen-Orient, et tous ceux qui respectent nos peuples et notre souveraineté pour établir des partenariats dynamiques, responsables et respectueux.

Quant à ceux qui vivent en exil, qu’on ne s’y trompe pas : l’exil n’est pas un privilège. C’est une blessure. Mais c’est aussi, parfois, une nécessité pour continuer le combat autrement. Loin du sol natal, mais toujours le cœur tourné vers la patrie. Car notre cordon ombilical, lui, n’a jamais été coupé.

Et surtout — j’insiste — ce n’est pas en opposant les générations que nous bâtirons l’avenir. Le monde a besoin de l’Afrique. Mais l’Afrique ne répondra pas à l’appel de l’Histoire si ses enfants se tournent le dos. Si les jeunes rejettent ceux qui ont ouvert la voie. Ou si les anciens refusent d’écouter ceux qui inventent demain.

L’heure est venue de construire des ponts, pas des murs. D’unir nos forces, pas de les fragmenter.

L’expérience a besoin d’un souffle nouveau. Et la jeunesse, pour transformer son énergie en force politique, a besoin d’un ancrage dans la mémoire, dans l’histoire, dans les luttes passées. Ce que nous devons réussir ensemble, c’est un passage de témoin. Un relais, pas une rupture.

Oui, une autre génération arrive. Oui, elle porte une autre vision. Et c’est précisément pour cela que nous devons marcher côte à côte. Avec lucidité. Avec respect. Avec responsabilité.

Car c’est ensemble, et seulement ensemble, que nous construirons l’Afrique que nous méritons. Et que nous relèverons le Congo que nous laisserons en héritage à nos enfants.

Modeste Boukadia – le 29 avril 2025 – 13:38 (heure de Paris)

La pertinence du report de l’élection présidentielle de 2026 en République du Congo

La pertinence du report de l’élection présidentielle de 2026 en République du Congo

I. La nécessité impérieuse du report électoral

Aujourd’hui, reporter l’élection présidentielle de 2026 s’impose comme une urgence nationale.
La majorité des Congolais, plongés dans une misère insupportable, n’attendent plus des promesses chimériques mais exigent un changement radical. Comme en 1991, l’épuisement est général face à un régime qui recycle sans fin les mêmes discours mensongers.

II. Le régime Sassou Nguesso : 57 ans de déclin

Présent en politique depuis 1968 aux côtés de Marien Ngouabi, Denis Sassou Nguesso est l’un des fondateurs du Parti Congolais du Travail (PCT), parti-État à l’idéologie néfaste et inhumaine.

Malgré son omniprésence au pouvoir, la société congolaise est désorganisée, la misère généralisée et les opposants réduits au silence dans les prisons. Le slogan « L’homme qu’il faut à la place qu’il faut » est devenu une triste ironie.

Le PCT, incapable de réinventer l’avenir, recycle une gouvernance fondée sur la peur, la corruption, et le tribalisme. Les jeunes de la Cuvette sont privilégiés dans les recrutements policiers, accentuant les fractures nationales.

La situation économique est désastreuse : morgues saturées, salaires impayés, hôpitaux démunis, routes dégradées, éducation effondrée.

III. Le double-jeu diplomatique : le cas du Rwanda

Les accords entre Brazzaville et Kigali représentent une menace grave pour la souveraineté nationale.

La présence militaire rwandaise à Maloukou, face à la RDC, appuyée par Sassou Nguesso, montre une duplicité inacceptable, pendant que l’agression de l’Est de la RDC par Kagame est tolérée.

Il devient urgent d’imposer un visa aux ressortissants rwandais.

IV. Violations de la Constitution et mascarade électorale

Sassou Nguesso, déjà en violation de l’article 80 de la Constitution du 25 décembre 2015, persiste à vouloir briguer un énième mandat en 2026.

Le PCT lui-même n’est pas en conformité avec l’article 31, ce qui devrait entraîner sa suspension immédiate.

Les principes fondamentaux de la démocratie sont bafoués : fraudes électorales systématiques, coupures d’Internet, arrestations arbitraires, exclusion de l’opposition.

V. La gabegie financière : un pillage institutionnalisé

Quelques exemples de détournements flagrants :

  • 25 000 milliards pour la municipalisation accélérée,
  • 160 milliards dilapidés au ministère de la Santé,
  • 14 000 milliards des générations futures disparus.

Pendant ce temps, le peuple manque d’eau potable, d’électricité et de soins médicaux de base.

VI. Promesses non tenues et construction d’illusions

Depuis des décennies, les slogans se succèdent sans jamais se concrétiser :

  • « Auto-suffisance alimentaire d’ici 2000 »,
  • « Agriculture, priorité des priorités »,
  • « Nouvelle espérance », « Chemin d’avenir », « Marche vers le développement »…

Les projets fictifs, tels que la construction des 12 hôpitaux, restent lettres mortes.

VII. Un bilan accablant : la dénonciation du député Joseph Kignouimbi Kia Mboungou

Le député de Sibiti, Joseph Kignouimbi Kia Mboungou, l’a clairement exprimé : « Le pays est en ruine. »

Pour avoir dénoncé la mauvaise gestion et l’endettement abyssal du Congo, il a été expulsé de l’Assemblée nationale.

Chaque citoyen congolais sera un jour témoin et auteur de l’histoire dramatique écrite par le régime de Denis Sassou Nguesso.

VIII. Les plaies de l’histoire congolaise

La mauvaise gouvernance congolaise n’est pas récente : Fulbert Youlou, Joachim Yhombi Opango, Marien Ngouabi, Alphonse Massamba-Débat, et tant d’autres figures du Congo ont payé de leur vie ou de leur exil.

La lumière doit enfin être faite sur ces assassinats d’État.

IX. Les dangers de la vente des terres et la remise en cause de la souveraineté

Sassou Nguesso, en vendant des terres à des intérêts étrangers, en violation de la Constitution, démontre qu’il ne se considère pas comme le garant du patrimoine national, mais comme son propriétaire personnel.

X. L’urgence d’une transition politique pacifique

Face à cette situation de blocage national, une transition politique apaisée s’impose.

Le président du CDRC, Modeste Boukadia, incarne cette alternative en proposant une transition basée sur l’unité nationale, la fin des anti-valeurs et la refondation des institutions.

Sa constance malgré 575 jours d’emprisonnement politique témoigne d’un engagement authentique pour la liberté et la dignité du peuple.

Cette transition devra :

  • Organiser un recensement général,
  • Renouveler les listes électorales,
  • Garantir des élections inclusives, transparentes et libres,
  • Bâtir un véritable État de droit.

Conclusion :

  • Non à l’escroquerie politique !
  • Non à la confiscation illégale du pouvoir !
  • Oui à l’unité nationale !
  • Oui à une transition pacifique pour restaurer la République !

Sidonie Salabanzi

Ottawa, le 25 avril 2025

Congo-Brazzaville : Si Sassou Nguesso ne quitte pas le pouvoir, la France risque de perdre l’Afrique Centrale

Modeste Boukadia sur TLR-TV le 24 avril 2025 :
Cessons d’avoir peur ! Pour mettre en œuvre la transition politique, restaurer la République et l’État du Congo et reconstruire le pays grâce à la « désimmigration », nous disons oui à l’union nationale… mais sans les bandits du PCT.

Congo-Brazzaville : Le temps du sursaut national est arrivé

Le temps du sursaut national est arrivé

Le Congo s’enlise dans un désastre économique et un effondrement social qui ne sont pas le fruit du hasard. Il ne s’agit pas d’une crise passagère, mais des conséquences d’un système froidement organisé pour soumettre un peuple, fragmenter une société, et détruire l’idée même de cohésion nationale. Ce système porte un nom : le PCT. Pendant des décennies, ce parti a tissé, avec méthode et cynisme, une toile de domination fondée sur la peur, le contrôle, la misère et la division.

La déstructuration des familles, la banalisation du désordre social, l’érosion des valeurs collectives, tout cela n’est pas accidentel. C’est le produit d’une stratégie visant à anéantir les forces vives de notre nation, à commencer par les jeunes, les femmes, et ceux de la diaspora qui auraient pu constituer une alternative crédible à l’ordre établi. En désintégrant les bases de la société congolaise, le PCT a voulu empêcher toute possibilité de reconstruction autonome et durable.

Mais ce plan touche à sa fin. Car le peuple congolais commence à ouvrir les yeux. Et cette prise de conscience doit désormais se transformer en action.

Le moment est venu d’un sursaut national. Un sursaut qui ne se contentera pas de protester, mais qui construira. Qui ne se divisera pas en querelles de personnes, mais qui s’unira autour d’un objectif commun : libérer notre pays des chaînes du clientélisme, de la corruption et de l’autoritarisme.
Il nous faut repenser les fondations du Congo avec toutes nos forces disponibles : la jeunesse, trop longtemps marginalisée ; la diaspora, trop souvent oubliée ; les femmes, trop fréquemment réduites au silence ; les travailleurs, les intellectuels, les bâtisseurs de demain.

La désimmigration : un impératif stratégique

Parmi les leviers de transformation les plus puissants figurent la désimmigration, concept volontairement opposé à l’exil subi. Il ne s’agit pas simplement de faire revenir des individus sur le territoire national. Il s’agit d’un projet politique, structurant, qui vise à rapatrier les compétences, les expertises, les savoirs et les énergies que le Congo a perdues depuis des décennies à cause de la répression, du manque d’opportunités, et de l’instabilité chronique.

La diaspora congolaise n’est pas un réservoir passif. Elle est un vivier d’ingénieurs, de chercheurs, d’économistes, d’entrepreneurs, de médecins, de stratèges politiques… qui ont développé à l’étranger une expérience dont notre pays a désespérément besoin. Leur retour ne doit pas être un retour par défaut, mais une réintégration volontaire, organisée, facilitée par un nouveau cadre politique fondé sur la compétence, la transparence et l’intérêt national.

Cela suppose de rompre radicalement avec l’esprit de clan, de mettre fin au favoritisme et de redonner sa place à la méritocratie.
Cela suppose aussi que nous construisions un environnement économique viable, sécurisé, incitatif, où ceux qui reviennent ne soient pas perçus comme des concurrents, mais comme des partenaires naturels du développement.

La désimmigration n’est pas une nostalgie du passé. C’est l’un des axes majeurs de la reconstruction nationale. C’est par cette dynamique que nous pouvons reconnecter le Congo au monde, sans passer par les circuits de domination et d’endettement, mais en mobilisant nos propres ressources humaines éparpillées aux quatre coins du globe.

Il est temps d’envoyer un signal fort à notre diaspora :
« Le Congo a besoin de vous. Le Congo compte sur vous. Ensemble, reprenons ce qui nous appartient. »

Mais rien ne se fera sans organisation. Rien ne se fera sans mobilisation. Ce que le système du PCT craint le plus, ce n’est pas la colère : c’est l’union. C’est notre capacité à dépasser les divisions artificielles, à reconstruire un projet collectif, à faire bloc pour une transformation réelle.

Il est temps de passer de l’indignation à l’engagement. De la plainte à la stratégie. De la peur à l’action.

Le Congo ne sera sauvé ni par l’attente ni par les illusions. Il sera sauvé par un peuple debout, lucide et résolu.

Modeste Boukadia – Le 23 avril 2025 – 10:37

L’Afrique : ce diamant méconnu

L’Afrique : ce diamant méconnu

À Port of Spain, Trinidad, dans les années 1980, on entendait : « Black is beautiful. »
Les sapeurs y arboraient fièrement les fleurons griffés de l’industrie textile.
Petits boulots et études allaient de pair. L’un pour survivre – et s’adonner au paraître – l’autre pour se projeter dans un avenir souvent incertain.
Diplômés, selon le pays d’accueil, ils allaient de postes d’assistants jusqu’aux plus hautes fonctions.

Dans les années 2000, aux États-Unis, on entendait : « Yes, we can. »
Mais pouvons-nous quoi ? Créer des sociétés ? Des industries ? Fonder une puissance ?

L’union fait la force. Alors unissons ce qui est épars pour redonner sa force à l’Afrique.

Si ses enfants reviennent et y investissent leurs savoirs, leurs pays deviendront des diamants — capables d’éblouir le monde.
Les us et coutumes qui les animent, loin d’être des freins, seront leurs leviers.
Et par cette désimmigration choisie, raisonnée, portée par l’amour du sol natal, nous pourrons entendre résonner, de nouveau, comme un écho :
« You’re simply the best » — Tina Turner.

Chabine L.A. – Le 21 avril 2025

Congo-Brazzaville : De la Gloire Nationale à la Déchéance Organisée

Congo-Brazzaville : De la Gloire Nationale à la Déchéance Organisée

Le Congo d’hier : une nation pleine de promesses

Dans les premières années de son indépendance (1960), la République du Congo incarnait une promesse forte pour l’Afrique centrale. Doté d’importantes ressources naturelles – pétrole, forêts, minerais – et d’une jeunesse instruite et ambitieuse, le pays pouvait aspirer à une modernisation rapide.

Des figures politiques marquantes telles que Fulbert Youlou ou Alphonse Massamba-Débat, bien que controversées, ont su impulser les premières politiques d’industrialisation et de souveraineté. Puis, sous Marien Ngouabi, la République populaire du Congo naît en 1969, inspirée du marxisme-léninisme. Malgré les limites du régime, cette époque est marquée par une volonté forte d’émancipation nationale, d’éducation universelle, de structuration de l’État et de l’armée.

Le Congo s’affirme alors comme un acteur géopolitique important sur la scène africaine, respecté pour sa diplomatie non-alignée et son engagement dans les luttes panafricaines.

L’ère Sassou Nguesso : la confiscation d’un pays

Denis Sassou Nguesso arrive au pouvoir en 1979. D’abord présenté comme un homme du peuple, il devient progressivement le symbole d’un pouvoir absolu, néopatrimonial et prédateur. Après une première période de pouvoir jusqu’en 1992, il revient en force par les armes en 1997, à la suite d’une guerre civile sanglante.

Depuis lors, son régime est synonyme de :

            • Clientélisme et corruption systémique : les institutions sont vidées de leur substance pour servir des réseaux personnels de pouvoir. La haute administration devient un outil de contrôle et non de service public.

            • Pillage massif des ressources naturelles : le pétrole, principale richesse du pays, est capté par une élite restreinte. Les contrats opaques avec des compagnies étrangères, les emprunts gagés sur la production pétrolière, et les détournements de fonds ont laissé le pays dans une dette abyssale malgré ses richesses.

            • Répression politique : opposition muselée, médias indépendants censurés, société civile fragilisée… Le régime utilise la peur et la division pour se maintenir.

            • Démolition des services publics : santé, éducation, infrastructures – tout est en déclin. Les hôpitaux manquent de tout, les écoles tombent en ruine, pendant que le clan au pouvoir vit dans l’opulence.

            • Corruption participative sans sanction : la corruption n’est pas un accident, elle est devenue un système. Chacun y trouve son compte, tant qu’il reste fidèle au pouvoir. L’impunité est totale, même dans les cas flagrants de détournement.

Pourquoi Sassou détruit le Congo ?

Ce n’est pas par ignorance, mais par choix. Sassou Nguesso a compris que pour rester éternellement au pouvoir, il faut :

            • Éteindre toute conscience collective, en appauvrissant la population et en la maintenant dans une dépendance économique et psychologique.

            • Diviser pour mieux régner, en entretenant des rivalités ethniques et en distribuant les ressources selon l’allégeance politique.

            • Confisquer la richesse nationale, non pour bâtir un pays, mais pour enrichir un clan.

Un pays en otage, un peuple en attente

Aujourd’hui, le Congo est l’ombre de lui-même. Ses jeunes fuient le pays ou tombent dans la précarité. La fierté nationale s’est transformée en résignation. Mais l’histoire est un cycle. Aucun régime, aussi puissant soit-il, ne dure éternellement. La mémoire de la grandeur passée reste vive, et avec elle l’espoir d’un renouveau.

Le réveil d’une nation est inévitable

L’histoire du Congo ne commence pas avec Sassou Nguesso, et elle ne se terminera pas avec lui. Le pays a connu des heures de gloire, une jeunesse vibrante, des rêves d’industrialisation et de justice sociale. Il est donc possible, et même nécessaire, de renaître.

Mais cette renaissance ne viendra pas d’un homme providentiel. Elle viendra du peuple.

Les Congolais doivent retrouver la mémoire de leur dignité collective, exiger des comptes, refuser la soumission à un système qui appauvrit, divise et humilie. Il est temps de cesser de croire que la politique est une affaire réservée à une élite corrompue. La politique, c’est l’affaire de tous, surtout lorsque le silence nourrit l’oppression.

Le Congo a trop d’atouts pour mourir en silence :

            • Une population jeune et talentueuse

            • Un potentiel agricole immense

            • Un sous-sol riche en ressources

            • Une culture forte et vivante

Alors que manque-t-il ?

Le courage collectif. Le courage de dire non. Le courage de dénoncer, de se former, de se battre pour un pays juste. Le courage de se souvenir que, malgré les années de manipulation et de pauvreté orchestrée, un autre Congo est possible.

Tom Melvin BAIKI – Le 19 avril 2025 – 16h30

Coopération sino-congolaise : entre héritage historique et inquiétudes contemporaines

Coopération sino-congolaise : entre héritage historique et inquiétudes contemporaines

La coopération entre la Chine et la République du Congo, souvent présentée comme un modèle de partenariat Sud-Sud, suscite aujourd’hui de profondes interrogations. À l’heure où les défis liés au développement durable, à la souveraineté économique et à la préservation de l’environnement se posent avec acuité, l’opacité de certains engagements bilatéraux interpelle. Le peuple congolais, au cœur des enjeux, exprime de plus en plus le sentiment d’être mis à l’écart des retombées réelles de cette coopération.

Un passé de coopération pragmatique et solidaire

L’histoire des relations sino-congolaises remonte à l’époque de la présidence de l’Abbé Fulbert Youlou, dans les années 1960. Après une période de méfiance initiale — en témoigne l’ouvrage J’accuse la Chine publié par le président Fulbert Youlou — le Congo engage sous Massamba-Débat une coopération active avec la République Populaire de Chine. En 1964, les premiers projets concrets voient le jour : construction de l’usine textile de Kinsoundi, lancement de l’Office National du Commerce (OFNACOM), création de centres de santé, envoi de médecins et d’enseignants chinois, et construction de l’hôpital de Makélékélé.

Sur le plan sportif et culturel, le Stade Massamba-Débat, édifié avec l’appui de la Chine, accueille en 1965 les premiers Jeux africains d’athlétisme. Ce dynamisme se poursuit dans les décennies suivantes avec la construction du Palais des Congrès dans les années 1980, ou encore la mise en service du barrage hydroélectrique de Moukoukoulou, qui reste à ce jour l’un des ouvrages stratégiques majeurs pour l’approvisionnement électrique du sud du pays.

Ce partenariat, longtemps fondé sur une logique d’échange solidaire, a contribué à structurer des infrastructures essentielles dans les domaines de l’énergie, de la santé, de l’agriculture et de l’éducation.

Un tournant préoccupant depuis les années 2000

Toutefois, à partir des années 2000, un changement profond s’opère dans la nature de cette coopération. L’arrivée massive d’entreprises privées chinoises dans le secteur des ressources naturelles — sans toujours une régulation étatique adéquate — marque une rupture avec les principes initiaux. Cette évolution a été relevée dans plusieurs rapports, notamment ceux de Transparency International et d’Amnesty International, qui alertent sur l’absence de transparence dans les contrats miniers et forestiers en Afrique centrale.

Dans le département du Kouilou, la dégradation accélérée de la forêt du Mayombe, notamment du fait de certaines pratiques d’exploitation peu respectueuses des normes environnementales, illustre les limites d’un partenariat déséquilibré. À Pointe-Noire, la raréfaction des ressources halieutiques — en partie causée par des techniques de pêche destructrices comme le dynamitage — a des répercussions directes sur la sécurité alimentaire des populations. Ce phénomène, également observé dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal, a été documenté par la Food and Agriculture Organization (FAO) des Nations unies.

La voix de la société civile et des partenaires internationaux

À l’occasion d’un déplacement à Washington, lors d’un échange organisé avec des représentants américains, la voix du président du CDRC, Modeste Boukadia, avait été remarquée pour sa lucidité sur les enjeux de cette coopération. Ce positionnement avait trouvé un écho du côté de l’administration américaine, notamment à travers une déclaration du Secrétaire d’État Rex Tillerson en 2018, appelant à une coopération « plus équilibrée, plus transparente et centrée sur les besoins des populations locales » (source : U.S. Department of State Archives).

En 2020, certains chefs d’État africains ont également exprimé — en privé — leur prudence vis-à-vis de certaines entreprises chinoises, pointant des pratiques de sous-évaluation des gisements miniers, une tendance à l’auto-exclusion dans les chantiers, et des discours discriminatoires envers les travailleurs africains.

Vers une refondation responsable de la coopération

Face à ces constats, il est légitime de poser la question suivante : quelle coopération pour quel développement ?

La déclaration du ministre congolais des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso, affirmant que la Chine et le Congo entretiennent aujourd’hui un « partenariat stratégique global », gagnerait à être accompagnée d’un cadre rigoureux d’évaluation et de suivi des engagements. La diplomatie ne peut être réduite à des cérémonies de signature ; elle doit être fondée sur la transparence, l’intérêt mutuel et la participation citoyenne.

Le Congo, en tant qu’État souverain, se doit de protéger ses ressources naturelles, son tissu social et l’intégrité de son écosystème. Il ne s’agit pas de rompre avec la Chine, mais de redéfinir les termes d’un partenariat plus équitable, respectueux de l’environnement et inclusif pour les populations.

Conclusion : une exigence de vigilance et de souveraineté

L’ambiguïté de la coopération sino-congolaise ne relève pas seulement d’un déséquilibre économique ; elle interroge notre souveraineté, notre gouvernance et notre capacité à projeter une vision à long terme. Une suspension temporaire de certains accords pourrait être envisagée, le temps de mener un audit indépendant sur les impacts socio-économiques et environnementaux de cette coopération.

Rien ne devrait être entrepris sans consulter les communautés concernées. L’heure est venue de replacer l’humain, la nature et l’intérêt national au cœur de nos relations extérieures.

Sidonie SalabanziOttawa, le 16 avril 2025 – 12h00

La stabilité ne peut être confondue avec l’immobilisme : la critique du franc CFA est un droit, pas un délit.

La stabilité ne peut être confondue avec l’immobilisme : la critique du franc CFA est un droit, pas un délit.

Dans sa récente conférence de presse, Thierry Moungalla a affirmé que la monnaie est un élément de stabilité, en défense implicite ou explicite du franc CFA. Cette déclaration, bien que politiquement habile, mérite d’être déconstruite à la lumière de principes économiques, historiques et démocratiques.

1. Le mythe de la stabilité du franc CFA

Il est vrai que le franc CFA, adossé à l’euro et garanti par le Trésor français, a offert une certaine stabilité nominale (faible inflation, taux de change fixe). Mais cette “stabilité” est en réalité une dépendance :

            • Le taux de change fixe bride la compétitivité des économies locales en empêchant toute dévaluation stratégique.

            • La politique monétaire est dictée en grande partie par la Banque de France et la BCE, donc hors de tout contrôle démocratique africain.

            • Les réserves de change placées en France (à hauteur de 50% historiquement) privent les pays utilisateurs du CFA d’une partie de leur souveraineté monétaire.

Par conséquent, la stabilité évoquée est une façade, car elle masque une forme de contrôle extérieur et de soumission structurelle à une logique postcoloniale.

2. La stabilité économique n’est pas la stabilité sociale ni politique

Une monnaie stable n’a de valeur que si elle s’accompagne de croissance inclusive, d’emplois et d’industrialisation. Or, les pays de la zone CFA restent parmi les plus pauvres au monde, malgré cette soi-disant stabilité :

            • Croissance faible et souvent extractiviste.

            • Dépendance aux importations.

            • Déficit industriel chronique.

Peut-on parler de stabilité quand l’économie est stagnante, que le chômage des jeunes explose et que l’émigration est massive ? Le franc CFA, dans sa configuration actuelle, n’a pas permis aux économies concernées de se transformer durablement.

3. La critique du CFA est un acte patriotique, non subversif

Remettre en question le franc CFA ne signifie pas prôner le chaos monétaire, mais revendiquer un débat légitime sur la souveraineté économique. Les intellectuels, économistes, citoyens et même certains chefs d’État (notamment en Afrique de l’Ouest) ont dénoncé le caractère anachronique de cette monnaie.

            • Critiquer le franc CFA, c’est refuser l’hypocrisie d’une indépendance tronquée.

            • C’est demander que les choix monétaires soient débattus, décidés, et contrôlés par les Africains eux-mêmes.

4. La démocratie repose sur le droit à la parole, même en économie

Quand un porte-parole du gouvernement affirme que la critique du franc CFA serait irresponsable ou déstabilisateur, il confond autorité et autoritarisme. Les sociétés mûres acceptent le débat, y compris sur leurs choix monétaires. Interdire ou diaboliser la critique, c’est trahir l’esprit même de la République.

M. Moungalla a raison de dire que la monnaie est un outil de stabilité, mais il oublie que cette stabilité ne doit pas être achetée au prix de la souveraineté et de la stagnation. La critique du franc CFA n’est pas une menace : c’est un appel à repenser notre avenir économique avec courage, lucidité et dignité.

Tom Melvin BAIKILe 16/04/2025

Analyse des propos de Thierry Moungalla sur la monnaie au Congo-Brazzaville

Analyse des propos de Thierry Moungalla sur la monnaie au Congo-Brazzaville

Non, critiquer la monnaie utilisée dans son pays n’est pas un délit. C’est un droit.

La liberté d’expression constitue un pilier fondamental de toute société démocratique, et elle inclut la liberté de critiquer les institutions économiques, monétaires et politiques. La monnaie nationale, ou celle utilisée à titre officiel comme le franc CFA, n’échappe pas à ce droit de regard citoyen.

1. Cadre légal international et national

            • L’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques reconnaît à toute personne la liberté d’exprimer ses opinions, y compris des opinions critiques sur l’économie ou la gouvernance.

            • La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ratifiée par le Congo, garantit également la liberté d’expression.

            • Même la Constitution du Congo-Brazzaville (article 23) reconnaît le droit à la liberté d’opinion.

Remettre en question le franc CFA, par exemple, n’est pas un acte de subversion, mais une contribution au débat public.

2. Critiquer n’est pas saboter

Faire une critique argumentée d’une monnaie, c’est exercer un droit civique éclairé, non commettre un acte de sédition. L’histoire économique regorge d’économistes, d’intellectuels, de politiques et de citoyens ayant remis en question des systèmes monétaires sans être pour autant des délinquants.

            • Refuser de discuter du franc CFA sous prétexte de “protéger la stabilité” revient à imposer une censure économique, contraire à l’esprit du pluralisme démocratique.

            • Les débats autour de la réforme du CFA, de l’Eco ou de la souveraineté monétaire sont présents dans plusieurs pays africains, y compris au sein des institutions elles-mêmes (UEMOA, CEMAC, BCEAO, BEAC).

3. Le citoyen a le droit de demander des comptes

La monnaie est un instrument de souveraineté. Si celle-ci est partagée, contrôlée ou influencée par des puissances extérieures, il est du devoir du citoyen de s’interroger, d’interpeller et de proposer.

            • Critiquer la monnaie, c’est interroger la souveraineté réelle du pays.

            • Cela fait partie de la participation à la vie de la Nation, que la Constitution elle-même encourage.

4. Le vrai danger vient du silence, pas de la critique

Ceux qui tentent de faire taire les voix critiques, comme cela a semblé transparaître dans la conférence de presse de Thierry Moungalla, prennent le risque de confisquer le débat public au profit d’une pensée unique.

            • Ce n’est pas la critique qui nuit à la stabilité nationale, mais l’absence de débat, de réforme et de transparence.

En conclusion, on ne protège pas un pays en interdisant la réflexion. Au contraire, plus un pays accepte la critique, plus il est fort. La monnaie est un outil. Comme tout outil, elle peut et doit être évaluée, questionnée, améliorée. Et cela, sans que les voix citoyennes soient menacées ou diabolisées.

Tom Melvin BAIKI – Le 16 avril 2025