
Congo : un appel à la transition politique pour reconstruire l’unité et l’avenir
Pourquoi le PCT en est-il venu à célébrer en février 2025 « l’homme du 5 février » alors qu’en 1991, la Conférence Nationale Souveraine (CNS) avait été organisée pour tourner la page de cette période sombre de la vie politique congolaise ?
S’agit-il d’une nostalgie pour l’époque où Denis Sassou Nguesso régnait en maître sous l’ère révolutionnaire, dans un contexte aligné avec les pays de l’Union soviétique ? Est-ce une tentative pour rappeler aux Congolais que la République Populaire du Congo n’est pas morte avec la CNS de 1991 mais survit au travers du PCT ?
Cette logique semble confirmée par l’utilisation du drapeau de l’ancienne République Populaire du Congo, un symbole qui aurait dû être relégué au musée. Le PCT l’a repris ostensiblement pour réaffirmer cette continuité. « Le roi est mort ! Vive le roi ! » pourrait-on dire : la République Populaire du Congo est morte avec la CNS, mais elle renaît symboliquement à travers le PCT et son drapeau, intact, avec les mêmes symboles.
Un symbole qui divise
Certains pourraient argumenter que l’utilisation du drapeau du PCT n’est pas, en soi, un problème. Après tout, c’est le drapeau de ce parti. Cependant, il s’agit d’un drapeau qui fut la représentation officielle d’un régime rejeté par les Congolais. L’utilisation de ce symbole par le PCT semble donc être une tentative de manipulation psychologique visant à réintroduire une période marquée par la violence, les intimidations et les disparitions.
Ce drapeau, créé par Nguila Moungounga-Nkombo, même s’il n’a jamais été membre du PCT, était censé disparaître avec la fin de la République Populaire. Sa réapparition ravive des blessures profondes et des traumatismes psychologiques liés à cette époque. Elle témoigne également de l’incapacité du PCT à créer de nouveaux symboles reflétant une évolution ou une rupture avec le passé. D’où l’incapacité du PCT à créer des entreprises pour l’emploi, à garantir de l’électricité ou l’eau potable voire à construire des routes, des écoles et des hôpitaux mais restant dans sa politique des slogans stériles.
Une continuité assumée
Cette persistance dans l’utilisation des symboles révolutionnaires reflète la volonté de Denis Sassou Nguesso de maintenir une ligne politique issue de l’ancien système soviétique. Cela se manifeste également dans les pratiques et la gestuelle, comme les poings levés et les vivats visibles lors des manifestations célébrant « l’homme du 5 février 1979 ». Ces célébrations semblent être une manière de masquer l’échec d’un régime qui, après 41 ans de pouvoir, a conduit le pays à la faillite et à l’utilisation de la fausse monnaie.
Une symbolique dévastatrice
C’est le 18 mars 1977 qu’il aurait mieux fait de célébrer en lieu et place du 5 février 1979 qui est perçue comme une insulte à l’histoire et à la mémoire de ceux qui ont perdu des proches. Elle rappelle des événements tragiques :
- Les trahisons, comme celles subies par le Lieutenant Pierre Kinganga (Sirocco) et Ange Bidie Diawara, Vice-Président du Conseil National de la Révolution.
- Les assassinats de figures marquantes : Marien Ngouabi, Alphonse Massamba-Débat, Cardinal Émile Biayenda, Pierre Anga, entre autres.
- Les exécutions sommaires de nombreux innocents au « Petit Matin ».
Cette glorification sert surtout à rappeler que quiconque ose s’opposer au pouvoir en place risque de subir le même sort.
Le poids du bilan
Malgré plus de 41 ans au pouvoir, répartis sur trois générations sacrifiées, le bilan de Denis Sassou Nguesso reste catastrophique. Le Congo Brazzaville est plongé dans la déroute économique et sociale, avec l’usage officiel de fausse monnaie pour corrompre les institutions et compromettre les relations avec des pays voisins, comme la République Démocratique du Congo.
Ces manifestations à la gloire de l’homme qui a divisé le pays par le tribalisme et le clanisme posent une question fondamentale : le Congo survivra-t-il aux dérives du PCT ?
Un appel à l’unité
Quoique le PCT avec son « homme du 5 février » fasse, il a échoué. Son slogan préféré « Nous avons les armes et les hommes » n’est plus à l’ordre du jour. Que Denis Sassou Nguesso dise en guise d’assurance-vie « Ce que je fais, c’est la France qui me le demande », le peuple uni est plus fort et il est capable d’inverser le cours de l’histoire comme il l’a fait en exigeant la Conférence Nationale Souveraine.
C’est le moment pour le peuple de choisir la stabilité, la création d’emplois, la justice et la sécurité pour tous. Cela est possible avec la transition politique sur la base du compromis politique historique. Plus que jamais, il est urgent d’unir toutes les forces vives du pays pour reconstruire une véritable République Unie du Congo (RUC). Cette union est essentielle pour préserver l’héritage des Pères-Fondateurs et empêcher la dislocation de notre nation. Il appartient aux Congolais, en mémoire des sacrifices passés, de se mobiliser pour bâtir un avenir meilleur.
Modeste Boukadia
Dimanche 9 février 2025
Date clé :
– 18 mars 1977 : assassinat de Marien Ngouabi puis le soir même création du CMP par Denis Sassou Nguesso qui reçoit les condoléances du président Valérie Giscard d’Estaing pour la France.
Mis à jour le 09/02/2025 – 14:49 / 22:46 (heure de Paris)















