
Le Congo n’a pas besoin d’un dernier mandat. Il a besoin d’un sursaut national.
Par Modeste Boukadia – 09 avril 2025
Chaque mois de mars et d’avril, le Congo se souvient dans la douleur. La « semaine rouge », marquée par l’assassinat du président Marien Ngouabi, celui du Cardinal Émile Biayenda et la disparition inexpliquée de l’ancien président Alphonse Massamba-Débat, sans oublier les suppliciés passés au « petit matin », qui reste un traumatisme non résolu. Plus de quarante années après, la vérité n’a pas été dite, la justice n’a pas été rendue, et les leçons n’ont pas été tirées.
Aujourd’hui encore, alors que des voix réclament la révision du procès Marien Ngouabi, l’ouverture d’un véritable procès pour le Cardinal Biayenda, et une enquête sur le sort de Massamba-Débat, une autre inquiétude se dessine : la répétition d’un scénario autour de Denis Sassou Nguesso avec le dernier mandat.
L’histoire comme un mauvais disque rayé
Depuis 1997, la démocratie congolaise n’a été qu’un simulacre. Je le dis avec la mémoire vive d’un candidat à cette élection présidentielle : j’avais versé la caution requise auprès du Procureur de la République. Après le coup d’État du 5 juin, non seulement l’élection fut balayée, mais même cette caution ne m’a jamais été remboursée. Une anecdote ? Non. Le symbole d’un système où l’État de droit est inexistant.
Aujourd’hui encore, les jeunes candidats à l’élection présidentielle déposent 2 millions de FCFA comme caution, sans transparence sur l’origine des fonds. En retour, le ministère de l’Intérieur leur attribue avec l’élection des financements pour une campagne qu’ils ne mènent jamais vraiment. C’est ce qui s’appelle, se laisser corrompre volontairement. Le but ? Offrir l’illusion d’un pluralisme démocratique tout en consolidant l’hégémonie du pouvoir en place.
Et ce pouvoir s’apprête, une fois de plus, à proposer un nouveau « dernier mandat » pour Denis Sassou Nguesso, comme si ce dernier en avait jamais reçu un, légitimement, du peuple. Cela fait plus de cinquante ans qu’il se maintient au sommet de l’État par effraction, à travers la force, la manipulation, et l’instrumentalisation des institutions.
Ce que craint le système, c’est la parole
Ce qui inquiète les courtisans du pouvoir, ce n’est pas tant l’opinion publique ou la désapprobation internationale. Ce qu’ils craignent, c’est que Sassou Nguesso parle. Car en 1999, à Moncton, au Sommet de la Francophonie, il disait déjà :
« Tous les cadavres qui sont dans mon placard ne sont pas les miens. »
« Tous ceux qui disent que je suis le seul à avoir volé vont me précéder… »
C’est là que se trouve le nœud du drame congolais. Le système repose sur une solidarité de compromissions. Toute remise en cause du chef mettrait à nu un réseau de complicités et de responsabilités partagées. Alors, on préfère agiter la menace d’un chaos programmé « Avec Sassou Nguesso, il y avait au moins la stabilité » plutôt que d’assumer une transition. Pourtant, cette instabilité à venir est savamment orchestrée pour préserver un système qui n’a jamais servi l’intérêt général..
L’Afrique doit parler de désimmigration
Pendant ce temps, le monde avance. Les États-Unis réinventent leur leadership avec le slogan « Make America Great Again ». L’Afrique, elle, doit se réinventer avec une carte de la désimmigration : le retour organisé et valorisé des compétences de la diaspora.
Cette politique de désimmigration est un pilier fondamental du redressement national. Elle suppose une décentralisation administrative et financière, où chaque région, dirigée par un gouverneur, incarne l’autorité de l’État tout en devenant un moteur du développement local.
C’est cette vision que je porte : faire revenir les intelligences, reconnecter les énergies, reconstruire le Congo à partir de ses forces vives, locales et de la diaspora. Car ce pays n’a jamais manqué de talents, seulement de gouvernance, de volonté et de vision.
La jeunesse au cœur du renouveau
Je le répète avec force : la jeunesse doit être le cœur battant de cette nouvelle dynamique. Ni clientélisée, ni achetée, ni instrumentalisée. Elle doit être formée, écoutée, responsabilisée. C’est avec elle que nous construirons un marché intérieur robuste, une société inclusive, un État moderne.
Ce dont le Congo a besoin
Le Congo n’a pas besoin d’un dernier mandat. Il n’a pas besoin d’un nouvel acte de manipulation ou de terreur. Il a besoin d’un sursaut collectif, d’un acte de rupture, d’un engagement sincère pour l’unité nationale et la justice.
La seule issue viable est l’union nationale. Une union fondée sur la vérité, la responsabilité et la refondation de notre État.
Nous n’avons plus le droit de répéter l’histoire. Nous avons le devoir d’en écrire une nouvelle.


















